Si vous avez aussi un faible pour ces protagonistes qui utilisent la manipulation comme structure même du récit, transformant le spectateur de simple observateur à (même) complice, alors vous êtes tombé sur le bon article, car nous avons ici pour vous non pas un, pas deux, mais trois titres de séries télévisées à rattraper avec des manipulateurs experts comme protagonistes. Non seulement nous en sommes conscients, non seulement nous leur permettons de nous manipuler, mais finalement ils nous poussent exactement là où ils veulent : dans un coin en les encourageant. Une sorte d'attirance toxique envers des personnages pas tout à fait équilibrés, mais définitivement experts dans ce qu'ils pourraient définir comme « l'art de la manipulation ». Chacun de ces personnages utilise cependant le mensonge et la manipulation qui en résulte dans un but différent.
Le paradoxe du « narrateur peu fiable » : pourquoi soutenons-nous des personnages qui nous trompent ?
Monsieur Robot
Créé par Sam Esmail, Mr. Robot est un parfait exemple de la façon dont la réalité peut être manipulée selon la volonté du protagoniste. Celui d'Elliot Alderson est un voyage parallèle qui pousse le spectateur à le suivre pas à pas, arrêt après arrêt, souvent sans comprendre les raisons de ses décisions. Interprété par Rami Makel, Elliot est un ingénieur informaticien extrêmement sociophobe sujet à des hallucinations et à la paranoïa qui se retrouve dans le réseau de M. Robot, un mystérieux anarchiste qui veut l'initier à la fsociety, dont le but est de libérer l'humanité des dettes envers les banques et les puissants qui détruisent le monde.
La manipulation d'Elliot est ce qu'on pourrait définir de tragique, car il manipule certes le spectateur, mais il se manipule d'abord lui-même. C'est son esprit qui crée des barrières pour le protéger des traumatismes et c'est pourquoi le public a tendance à justifier sa démarche, car sa manipulation se traduit comme un mécanisme de défense psychologique. Elliot est victime de son propre cerveau et, bien que conscients des énormes mensonges racontés, nous, les téléspectateurs, avons tendance à être plus compréhensifs à son égard, empathiques envers sa souffrance.
Toi
Le revers de la médaille de la manipulation en série est celui proposé par Joe Goldberg dans YOU. La série de cinq saisons de Netflix a présenté un protagoniste classique qui utilise une manipulation calculée et ciblée pour satisfaire ses obsessions et ainsi contrôler les gens dans sa vie. Joe est en réalité un prédateur qui adore porter le masque du prince charmant, il entre de manière sournoise dans la vie de ses victimes, détruisant tout, les rendant vulnérables puis les poussant dans ses bras, devenant ainsi le parfait sauveur. A travers ses yeux, on ne voit pas le monstre mais le héros romantique et le fait qu'il ait tendance à croiser des personnages hypocrites et insupportables pousse même le public à le soutenir. Le lien avec le public est renforcé par la voix off qui s'adresse directement à ceux qui regardent : « Hé, toi », c'est ainsi que commencent les histoires de Joe Golberg, en utilisant une voix narrative pour créer une intimité avec ceux qui écoutent.
Diviser
Split est une autre série télévisée qui aborde la manipulation comme clé principale du récit. Mark Scout, le protagoniste, est tour à tour manipulateur et victime, bien que dans deux états de conscience différents. La manipulation prend des nuances de science-fiction lorsque la Marque Externe décide de bloquer l'accès de la Marque Interne à ses souvenirs, lui imposant une vie sans fenêtres, sans passions, sans passé. Mais le sentiment de manipulation découle d'une douleur profonde, dictée par la perte de sa femme et le choix de diviser est son appel à l'aide. Puis, lorsque le Mark intérieur commence à comprendre qu’une partie de l’histoire lui a été volée, il entame un processus de rébellion qui pousse le public à le soutenir malgré les mensonges.