Horizon : Une saga américaine – Revue du chapitre 1

Hors compétition au festival, le premier volet de l'épopée western réalisé et interprété par l'Américain, qui s'est fait un cadeau (50 millions de dollars) et l'a offert à nous tous, cinéphiles. La critique d'Horizon : Une saga américaine – Chapitre 1.

Partons du fait le plus évident, parlons de durée.
Parce qu'on se plaint constamment, à juste titre, d'un cinéma contemporain qui fait perdre du temps au temps de tournage, qui impose au spectateur des investissements de temps monstrueux, et dans la grande majorité des cas – voire presque toujours – de manière totalement gratuite et injustifiée. C'est en partie dû au numérique, en partie à la disparition de la figure du producteur, peut-être, mais là n'est pas la question. Le fait est que le Chapitre 1 de Horizon : une saga américaine dure trois heures, et le chapitre 2 en durera probablement autant (et les 3 et 4 arriveront également, annoncés). Or non seulement cette durée ne se ressent pas, elle ne pèse pas, mais elle est en réalité correcte, mesurée, fonctionnelle.

pouquoi Kévin Costner – qui, comme Coppola, a dépensé son propre argent, 50 millions, pour réaliser ces films – a beaucoup de choses à raconter, et les raconte encore plus avec le rythme détendu (mais pas dilaté) qui convient au western, pour ce projet à l'échelle épique. Ainsi que le parfait antidote à la frénésie ambiante qui afflige notre époque, au cinéma et au-delà. C'est aussi pour cette raison, et pas seulement pour cette raison, que l'objection de ceux qui ont dit, diront peut-être : « Pourquoi ne pas en faire une série n'a aucun sens ?
Prendre le temps nécessaire au récit, dans Horizon, c'est aussi donner du poids et de l'importance aux gestes, aux mots et aux expressions.. Cela signifie la possibilité de créer du suspense d’une part et de la romance d’autre part. Les fondements d'une histoire dont ceci n'est qu'une première phase, qui se développera sur une période de quinze ans (comme Furieux de George Miller…), un temps qui, comme dans le cas du film australien, est le temps nécessaire à la construction d'une épopée, qui commence déjà à se faire sentir ici.

Le premier chapitre de Horizon commence par raconter la tentative de certains colons de fonder une ville (l'Horizon du titre, en fait), dans une vallée de l'Arizona le long de la rivière San Pedro, frustrés (à deux reprises, avec une violence croissante) par l'attaque des Apaches qui ne peuvent pas voir désapprouvaient l’arrivée des Blancs sur leurs terres. C'est là que nous rencontrons le personnage de Sienne Miller, destiné à devenir l'un des protagonistes du film. L'action se déroule ensuite dans une ville isolée du Wyoming, où après plus d'une heure de film, le personnage apparaît pour la première fois. Costner acteur, dans le rôle d'un cow-boy silencieux nommé Hayes Ellison, contraint de tuer un homme contre sa volonté et de s'enfuir avec une jeune femme et un enfant pour se cacher de la famille de la victime. Le troisième volet narratif, qui comme les deux premiers s'entremêle continuellement aux autres, raconte l'histoire d'une caravane qui traverse le pays, dans le but de s'installer à Horizon, annoncé par un dépliant comme une Terre Promise.

Frontière, canyons, pionniers, indiens, hors-la-loi, cowboys, chevaux, trains en marche, montagnes, paysages spectaculaires, personnages exemplaires : Kevin Costner a mis dans son Horizon des touches et des références appartenant à toute l'histoire du western.. Le western le plus classique, avec le fantôme de John Ford qui plane sur le film (ne serait-ce que pour un titre qui rappelle la fin de Les Fablemancelui où Sammy rencontre la Ford jouée par Lyncher), mais aussi le plus moderne et révisionniste.
L'ouest de Horizoncependant, il est pur western costnérien, ce western américain qu'il a contribué à façonner et à rétablir d'abord comme acteur (Wyatt Earp) puis comme réalisateur (Danses avec les loups et plus encore avec Open Range).
Pour les amateurs du genre, et donc pour les cinéphiles en général, Horizon est un pur plaisir cinématographique.

Costner s'intéresse évidemment à un projet d'ensemble déjà perçu comme politique, l'histoire – encore une autre mais jamais inutile – de la naissance d'une nation.. De la dialectique entre mouvement constant et permanence, entre colons et indigènes : et puis on ne peut s'empêcher de penser à ce qui se passe aujourd'hui au Moyen-Orient, et on ne peut manquer d'apprécier l'équilibre que Costner démontre dans l'histoire de ce qui a été, en quelque sorte un miroir de ce qui se passe aujourd’hui.
Et pourtant, comme toujours chez Costner, comme toujours dans les westerns, la conception globale, la dynamique générale, même les métaphores possibles, ne prédominent jamais sur la caractérisation des personnages, des individus, des histoires individuelles et des psychologies individuelles.. Aussi parce que, entre autres, c’est sur l’individualisme que sont nés les États-Unis.

Exégète contemporain maximum d'un genre considéré comme immortel, peut-être le dernier de notre époque, Kévin Costner il s'est offert un cadeau de 50 millions de dollars, un cadeau rempli de nostalgie de ce monde mais aussi de détermination à le maintenir en vie, au moins sur grand écran. Il s'est fait un cadeau et il nous l'a offert à tous. Nous qui aimons le cinéma et l’Occident, et qui au moins une fois dans notre vie avons rêvé de chevaucher silencieusement vers l’horizon.