Une comédie paradoxale mais très actuelle, l'histoire d'un avocat aux nombreuses causes perdues qui décide de défendre un chien accusé d'avoir agressé une femme. Critique de Mauro Donzelli sur le premier film de Laetitia Dosch, A Dog on Trial.
Il était une fois un chien, avec son propriétaire presque aveugle, coupable d'avoir défiguré le visage d'une femme, un récidiviste et un avocat perdu chargé de le défendre devant le tribunal. Le tout dans une ville suisse où tout le monde est stressé et intolérant, rien qu'une idylle bucolique en montagne. Un univers urbain pour représenter une dimension contemporaine générique intolérante à l'autre et à toute forme de diversité, celle choisie par Laetitia Dosch. L'actrice franco-suisse, véritable championne du métier d'actrice, fait des débuts très prometteurs derrière la caméra avec A Dog on Trial. Une comédie canine sauvage, qui commence comme une série de paradoxes qui font (sourire) rire de leur invraisemblance hébétée, mais qui au fur et à mesure se révèle bien plus actuelle et réaliste qu'on voudrait le penser, devenant, entre autres, une métaphore sur l'intolérance envers les immigrés, ceux qui sont différents, utilisée comme une arme pour obtenir un consensus électoral.
Tout commence lorsque notre hilarante héroïne, Dosch elle-même, connue comme avocate des causes perdues, accepte de défendre le quadrupède de coprah, Cosmos, interprété avec une gamme d'expression inattendue par Kodi, « le chien », comme le suggère le générique d'ouverture. Sa défense part d'un rejet de la loi qui dans ces régions, mais on imagine pas seulement, assimile un animal à une chose, indissociable en termes de responsabilité de son propriétaire. Il le fait avec un élan idéal, veillant à ce que Cosmos soit essayé et jugé comme un homme. Une affaire qui ne laisse pas la ville indifférente, déclenchant un conflit entre les deux camps : des innocents avec une âme de défenseur des droits des animaux ; et des fauteurs de blâme, incités par l'avocat de la victime, en pleine campagne électorale pour devenir maire, qui insiste beaucoup sur la différence entre les chiens de bonne race, pacifiques comme le sien, et ceux de mauvaise race, comme Cosmos, violents par nature et comme tels à abattre sans délai. Est-ce que cela vous rappelle quelque chose ou quelqu'un ?
Bref, dans cette comédie le paradoxe déclenche les sourires et les rires, mais laisse aussi un goût amer dans la bouche d'une réalité tristement proche de celle que l'on se retrouve à vivre ces dernières années. Dosch parvient à tout garder ensemble, l'absurde et le social, en tant que réalisatrice et actrice. Même lorsqu’il enquête pour comprendre pourquoi Cosmos ne s’en prend qu’aux femmes. Sera-t-il misogyne de nature, digne représentant du patriarcat autorisé à aboyer ? Et une fois adulte, devra-t-il répondre de ses actes à la place du « maître » ? Est-ce sauvage ou domestique ? Sera-t-il juste de fermer ses horizons, le limitant à nous chouchouter, nous les humains, lorsque cela est nécessaire ?
Il y a beaucoup de sujets déguisé que le film aborde, entre un « Je Suis Cosmos » et une analyse de la guerre des sexes, avec une tendre parenthèse sur une voisine adolescente de l'avocat, battue par son père alcoolique, avec qui il noue une relation ironique et protectrice.
Comédie procédurale insolite qui ne mène jamais à la farce, elle divertit avec une intelligence au-delà du paradoxe, jouant avec originalité avec les possibilités narratives et expressives du cinéma. Ce n'est certainement pas une mince affaire pour une première œuvre. Et cela rappelle à quel point « le chien est la partie du loup avec laquelle les humains peuvent vivre ».