la critique de la comédie policière avec Laetitia Casta

Un hommage à la tension policière mais surtout au génie d'Alfred Hitchcock dans une comédie divertissante sans prétention théorique. Une Laetitia Casta bouleversante et Gilles Lellouche enquêtent sur le Crime du 3ème étage. La critique de Mauro Donzelli.

C'est comme si Sherlock Holmes rencontrait Agatha Christie. Il se réfugie dans l'époque victorienne pour écrire des romans policiers sur un enquêteur et son précieux collaborateur, François (Gilles Lellouche). Il passe ses journées entre le bureau et le canapé, où il dort depuis que sa relation avec sa femme s'est quelque peu refroidie, tandis que ses protagonistes, après treize romans, subliment encore dans leurs enquêtes l'évidente tension érotique, ne l'ayant jamais consommée. Il est toujours en pyjama et ne quitte presque jamais la maison. Colette (Laetitia Casta) passe ses journées dehors, du moins elle, à enseigner le cinéma à la Sorbonne, notamment en tant qu'érudite passionnée de sa majesté du suspense, Alfred Hitchcock.

Il représente le côté roman du thriller, lui le côté cinématographique, dans une comédie policière, The Third Floor Murder, un hommage débridé au genre, notamment à l'un des chefs-d'œuvre de Hitch, Rear Window, dont la splendide affiche italienne se détache dans le salon des deux protagonistes. Lesquels ont par hasard une belle et grande fenêtre donnant sur la cour intérieure, d'où l'on peut facilement remarquer ce qui se passe juste en dessous, où un appartement vient d'être occupé par de nouveaux locataires.

Un élégant palais bourgeois et une aventure électrisante qui bouscule le quotidien usé de deux de nos intellectuels, avec deux acteurs visiblement amusés par cette évasion dans l'univers d'un genre qu'ils fréquentent peu. Particulièrement sauvage est Laetitia Casta, plus Diane Keaton que Grace Kelly dans le rôle d'une femme qui regarde d'abord par la fenêtre, puis voit quelque chose qui la mène vers une obsession, dont elle est immédiatement convaincue. Le voisin, l'acteur de théâtre Yann, charmant et très ambigu, joué par Guillaume Gallienne de la comédie française, outre le crime de les avoir invités à sa version meurtrière de presque quatre heures d'Hamlet, aurait tué sa femme dans une dispute dans le salon, du moins c'est ce que Colette est convaincue d'avoir vu.

C'est évidemment le déclencheur de Rear Window, et tout aussi évidemment, Colette doit convaincre son mari paresseux de sa certitude de granit. Tous deux y prennent goût et commencent à mettre en pratique les règles hitchcockiennes du suspense, rappelées même par lui-même dans une séquence d'archives maladroitement retouchée pour l'occasion.

La mise en scène devient un frénétique « meurtre mystérieux à Paris », ainsi qu'un exalteur d'excitation pour le couple dégonflé par leur longue cohabitation, sauvé du désastre donc précisément par cette fiction qui reste un travail et la plus grande passion des deux, entre soupçons et paranoïa, fantasmes qui risquent de devenir très concrets et dangereux. Vie et intrigue policière, réalité et fiction se confondent, comme dans le livre, dans un film pour amateurs du genre, interprété avec une nette satisfaction, des acteurs mais heureusement aussi de nous spectateurs, entretenant un désenchantement plutôt élégant et ludique, évitant les présomptions théoriques dans le dépouillement des mécanismes narratifs et émotionnels du thriller. « Le public doit en savoir plus que les personnages, il doit être en avance sur eux », mots de Hitch lui-même, ici rappelés par le thème « Alfred Hitchcock présente », par des images d'archives, mais même honorés d'un faux caméo.

Bref, le citationnisme déborde de chaque plan, risque d'expliquer trop ce qui est déjà clairement évident dans la mise en scène, mais dans sa redondance il maintient toujours un véritable enthousiasme qui le rend agréable à apprécier, créant une connexion presque camaraderie, basée sur le voyeurisme partagé du couple à la fenêtre et de nous devant le grand écran. Puis Colette lit Positif au lit, pas les Cahiers du Cinéma, bien qu'évoqués pour un passé ancien, donc on aime d'autant plus cette aventure picaresque de passion partagée pour un film, un auteur et un genre fondateur, trop souvent pris au sérieux et sous-estimé. Un travail d'amour d'une durée de 90 minutes et un peu plus. Que la chasse au trésor commence.