La critique de la fille tranquille

Parmi les nominés pour l’Oscar 2023 du meilleur film international, il y a aussi un beau premier film irlandais, The Quiet Girl. L’avis de Daniela Catelli.

Il y a des films si délicats, intenses et parfumés de vie qu’on en tombe amoureux. Des films qui laissent parler le silence et la pudeur des sentiments sans l’angoisse de combler les vides, qui créent un langage visuel qui correspond à un paysage intime. La fille tranquillefilm irlandais interprété, à l’exception de quelques lignes en anglais, en gaélique dans la version originale, nominé pour l’Oscar du meilleur film international et lauréat de nombreux prix, est l’un d’entre eux, un un premier travail surprenant et mature qui demande un regard (et une écoute) différent de ceux auxquels le cinéma contemporain, souvent bourré de paroles et de bruits inutiles, nous a habitués. La fille du titre, Càit, a 10 ans et est, en fait, calmer, c’est-à-dire à la fois calme et silencieuse, une présence détachée et anormale dans une famille (trop) nombreuse et dysfonctionnelle de l’Irlande rurale en 1981. La jeune mère est épuisée par trop de naissances et le père est une figure majoritairement absente et perçue comme hostile. A l’école, Càit a du mal à lire et n’a pas d’amis, à la maison elle est un témoin silencieux des relations tendues entre ses parents, qui, en attendant leur sixième enfant, décident de l’envoyer passer l’été, avant d’accoucher, sur la ferme d’un couple éloigné cousins ​​d’âge moyen. C’est tout naturellement que le choix retombe sur elle, la cadette des sœurs et celle avec qui ses parents ne savent pas s’entendre, la « bizarre » de la famille. De cet exil estival, d’abord subi passivement comme tout ce qui la concerne, Càit apprendra beaucoup de choses sur elle-même et sur l’affection qu’elle n’a pas trouvée dans la famille et qu’elle découvre là où elle s’y attend le moins. Jusqu’à ce que le jour inévitable du retour « à la maison » arrive pour elle.

Sans dévoiler inutilement des détails de l’intrigue qu’il appartient au spectateur de découvrir par lui-même, La fille tranquille tisse sur la toile l’histoire typique de la maturation (ce que les anglo-saxons appellent coming of age story) une tapisserie lumineuse et colorée où s’alternent lumières et ombres et le paysage naturel qui entoure Càit cache des pièges inconnus, au centre desquels se trouve un puits qui, comme dans les contes de fées, détient le secret de la vie et de la mort. Impliquée immédiatement par ses soignants (« Favoriser »en famille d’accueil, est le titre du court roman de Claire Kegan, moins de 100 pages, dont est tiré le film) dans les tâches quotidiennes de la ferme, vêtue d’habits d’hommes dont on ne demande pas l’origine, la petite fille s’épanouit en une jeune femme, heureuse des courses chronométrées, pour ramasser le courrier, libre d’être elle-même sans être jugée, aimée pour ce qu’elle est. Dans cette courte période, elle découvre également qu’il y a des secrets qui ne sont pas des secrets de honte mais de douleur et elle est également confrontée à la perte et à la peur de ceux qui l’ont accueillie à bras ouverts et à la méchanceté des personnes qui ressentent une sorte de plaisir pervers à mettre le doigt dans les blessures des autres.

Directeur Colm Bairead exploite magistralement (grâce au service son, la splendide photographie de Kate McCullough et la musique de Stephen Rennick) les juxtapositions visuelles du film : les intérieurs étouffants et la nature sauvage autour de la maison familiale de Càit contre l’assiduité et la luminosité de la campagne bien-aimée et productive de ses invités, la vie animale contre l’animalité de la vie humaine, l’ouverture contre la fermeture. La fille tranquille c’est raconté d’une manière si naturelle qu’on en oublie presque qu’on assiste à un film et à une histoire imaginaire et non à une tranche de vie. Ils sont parfaits parfaits Carrie Crawley Et Andrew Bennett dans le rôle de famille d’accueil, mais c’est la beauté rayonnante et l’expressivité de l’enfant de 12 ans Catherine Clinch, qui joue Càit, pour nous guider dans une histoire qui parle aussi de nous, de ce moment de notre enfance où un événement (une douleur, une joie) nous a transformé d’enfants en adultes. C’est avec elle qu’on court à une vitesse folle, avec elle qu’on s’identifie, jusqu’à la laisser dans une fin exemplaire qui nous émeut et nous laisse avec l’envie de savoir ce qui va se passer ensuite mais avec la certitude que la découverte de l’amour sincère a changé sa vie à jamais, sa vie et sa perception du monde.