La critique de l’exorciste du pape

Crowe joue le père Amorth, celui à qui William Friedkin a dédié un documentaire, mais il n’y a pratiquement rien du personnage réel. Voici juste un film téméraire qui tente de se greffer dans la veine exorciste de l’imaginaire de Dan Brown et de l’esthétique (et de l’éthique) de Marvel. La critique de Federico Gironi sur L’Exorciste du Pape.

Dans L’Exorciste du Pape, il y a Russell Crowe dans le rôle de Gabriele Amorth, soutane noire enfilée, flasque de whisky en poche, blague toujours prête, même dans les moments les plus improbables. L’Amorth de Crowe jette un coup d’œil aux nonnes qui passent, répond mal aux cardinaux qui veulent remettre en cause son travail d’exorciste, est maladroit avec le pape et fait le tour d’un Lambretta blanc avec une bande rouge sur le bouclier duquel, en bas à droite, se dresse le cheval cabré du Ferrari (après tout, Amorth est encore né à Modène).
Même en Espagne, comme le dit le film, Crowe il y arrive sur une Lambretta, strictement sans casque.
Il s’y rend car dans une ancienne abbaye de la côte atlantique espagnole (et pourtant il a été tourné en Irlande) une famille hispano-américaine s’est retrouvée entre les griffes d’un démon très puissant qui semble lui en vouloir, avec « Gabri », comme il l’appelle pour la moitié de l’enfant qu’il possédait.
Dans L’Exorciste du Pape, donc, il y a Franco Nero dans les vêtements blancs du Pape. Un Pape qui, bien que cela ne soit jamais dit explicitement, puisque nous sommes en 1987, est clairement Jean-Paul II.
Enfin, dans L’Exorciste du Pape, il y a une intrigue qui s’écarte assez explicitement du terrain consolidé de l’exorciste traditionnel pour tisser une trame de fond – on parle même de Inquisition et de secrets que, pour une fois, le Vatican aurait étouffés – ce qui a probablement suscité une sorte d’envie chez Dan Brun et dans beaucoup de ses disciples moins connus.

Mais ce qui frappe le plus, dans ce film réalisé par Julius Avery De Suzerains Et samaritainc’est qu’il semble être, consciemment et avec un mépris flagrant du danger et du ridicule, un film qui plus que l’horreur traditionnelle, et le modèle deexorciste À propos de Guillaume Friedkins qu’en vérité Amorth consacre également un documentaire, regard sur une série diversifiée de films allant des adaptations de romans de Brunprécisément, à la Constantin avec Keanu Reeves, le tout avec une nette tension au canon marvelien contemporain et à la tradition immortelle du film de copain.
Une fois en Espagne, après l’incipit d’horreur vaguement folklorique de Tropea, où un cochon reçoit une balle dans la tête, et après les drones survolant San Pietro, Borgo, le Tibre et Castel Sant’Angeloune fois confronté au démon qui veut s’en servir comme véhicule pour conquérir et détruire Sainte Mère l’Église, Crowe’s Amorth devra en effet faire équipe, à sa manière, avec une recrue espagnoleet se réconcilier avec les fardeaux de leurs consciences respectives que le démon veut utiliser contre eux : « vos péchés vous trouveront », est l’une des phrases récurrentes du film.
Gabriel et son aide jeune et inexpérimenté déménageront ensemble un peu comme Tony Stark et le jeune Peter Parkercombattre le Mal à force de prières et de symboles religieux, bien sûr, mais aussi en utilisant les mains, et la force physique, et les superpuissances que la foi met à leur dispositionau cours de pratiques exorcistes ressemblant à des affrontements avec Thanos. Seulement avec des apparitions de la Madone qui se transforment en cauchemars diaboliques, et des femmes nues ensanglantées sortant des recoins de la culpabilité.

Puisqu’il s’agit d’un film basé sur un personnage réel, le controversé Amorth qui a défini le fruit du diable comme des homosexuels, Fiorello et Harry Potter, et a plutôt béni Forza Italia, le Vatican et les exorcistes, a exprimé une désapprobation composée du film.
Mais bon, pourrait-on dire, c’est Hollywood, le Hollywood le plus bruyant, d’Amorth ce n’est que le nom.
Tout le reste est film, invention, fantaisie. Un film qui ne peut même pas être défini comme beau, ou excitant, ou effrayant, mais qui, en vertu de sa course folle pour surmonter tous les obstacles et sauter tous les requins, a au moins la capacité de divertir avec un détachement ironique.
Et puis il y a Russel Crowe, qui en plus d’être quelqu’un qui nous aime est aussi un vrai acteur, même quand il fait des choses comme ça. Dommage qu’au cinéma on l’entende doublé par Luca Ward, et pas dans la version originale dans laquelle il arbore un curieux accent italien.