la critique des débuts de Margherita Spampinato avec Aurora Quattrocchi

Un garçon de la ville passe l'été loin de sa technologie chez une grand-mère qu'il connaît peu et qui impose des jeux très analogiques. Une relation complexe qui ouvre un tendre scénario de rapprochement. La critique du premier album de Margherita Spampinato, Gioia mia.

Des boules de naphtaline dans l'armoire, le canapé ne doit pas être beaucoup utilisé, sinon il sera ruiné. Le monde de Gela s'est cristallisé dans le passé, alors qu'elle n'avait pas 80 ans. C'est la maison d'une grand-mère, une de celles qui peuplent toutes les familles, où elle vit seule et se retrouve soudain contrainte à une coexistence estivale forcée avec un petit-fils, Nico, vif et un peu grincheux. Gioia mia met en scène la collision entre deux univers et deux générations, dans un premier film poli et non trivial, dans lequel Margherita Spampinato passe derrière la caméra après de nombreuses années sur les plateaux en tant que secrétaire de montage et de casting. Une histoire qui part d'un postulat simple, fouiller discrètement dans le passé de la tante âgée, mettant en lumière ce qui a retenu sa pleine réalisation pendant des décennies, la laissant grincheuse et seule, mais aussi dans les rêves de l'avenir d'un enfant sur le point de devenir un garçon, aux prises avec un de ces étés fondateurs.

Pourtant, cela avait très mal commencé, mais il ne pouvait en être autrement. Nico vient de la ville, d'un monde moderne qui évolue à la vitesse des connexions par fibre optique et de la technologie, tandis que la Sicile de Gela se déroule dans les vieilles pierres d'un bâtiment nu, où elle vit parmi les cartes saintes et les prières, rigoureusement ancrée dans sa routine qui comprend des doses réduites de socialisation, tout au plus avec ses amis et ses voisins. Pas d'internet, le smartphone est enfermé dans un tiroir, et la vie se déroule en rimes et rituels pour Nico suspendu dans les brumes du passé, mais surtout source d'ennui mortel. Aussi parce que, seule, elle fait face à la perte douloureuse de sa baby-sitter bien-aimée, qui a été démis de ses fonctions pour se marier et « faire sa vie ». Synthèse idéale de la période cruciale vers l'adolescence et la fin de l'enfance.

La tante ne correspond pas au canon habituel de gentillesse et d'affection envers un neveu, elle est de mauvaise humeur, elle le traite de manière précipitée et peu courtoise, elle attend de lui qu'il ne provoque pas de changements dans sa vie quotidienne peuplée de religiosité populaire, dans un bâtiment peuplé – pour elle – par un esprit qui impose sa coexistence. Il est clair que ce qui les attend est un affrontement radical, certainement loin des conventions. Le moderne et l'ancien, la frénésie et la lenteur commencent à être étudiés, apaisant la tension avec tout le calme accordé par la situation et les journées marquées par la chaleur estivale.

Vous apprenez à regarder et à écouter, en acquérant la perception d'une distance qui n'est pas aussi énorme qu'elle paraissait évidente au premier coup d'œil. Gela commence à concéder un peu moins de défenses, à comprendre comment l'adolescente agitée obligée par les conventions à prendre un chemin de vie qui n'est pas le sien, et ce petit garçon un peu gâté, certes, mais aussi généreux et très sensible, ne sont finalement pas si différents. Le film dessine avec grâce et poésie une fine ligne de conjonction entre les époques, au nom de l'humanité et de la prédisposition, longtemps étouffée, à l'écoute et à la compréhension.

Beaucoup de premières fois pour Nico, certains retours à un passé bien différent pour Gela. Une relation insolite et convaincante, qui revient en grande partie à la championne Aurora Quattrocchi et au prometteur Marco Fiore.