la critique du drame avec Vicky Krieps

Le combat d'une femme pour pouvoir voir son fils, un drame sincère et sans compromis sur une mère et une femme. Critique de Mauro Donzelli sur le film Cambet d'Anna Cazenave avec Vicky Krieps en salles pour Wanted.

« Je n'avais pas réalisé auparavant à quel point ils étaient partout. » Il parle d'enfants, comme Paul, le fils de 8 ans qu'il n'a pas vu depuis des mois. C'est la fin de l'été, lorsque Clémence assiste à la fin de plus en plus implacable de son quotidien de femme séparée avec un enfant. Ces mois se sont échelonnés, à raison d'une semaine chacun, depuis qu'elle a quitté, trois ans plus tôt, son mari Laurent après 21 ans parce qu'elle ne l'aimait plus. Un quotidien somme toute apaisé entre les deux, avant de le retrouver dans le bar habituel, pour un verre et quelques nouvelles, « Je suis passée aux femmes, au sens romantique du terme ». Avant que le mâle ne réagisse apparemment avec la placidité habituelle, avec un noble « l'important c'est que tu sois heureux », avant la fracture inattendue, avant que le masque de douceur calme ne se transforme en sourire de quelqu'un dépossédé de sa virilité.

C'est la mère qui part, généralement c'est le contraire, et cela peut « être considéré, pour certains, comme plus grave, voire impardonnable ». Ainsi commence la guerre de garde de Laurent, pour que Clémence voie Paul le moins possible, avec une manipulation manifeste, quoique hors champ, de l'enfant. Ainsi commence Aime-moi tendre, adaptation d'un roman de Costance Debré, deuxième œuvre d'Anna Cazenave Cambet, une histoire douloureuse et sans compromis, d'une sincérité brutale et troublante, sur la lutte pour rester mère sans renoncer à la liberté d'être femme, sur les frontières entre l'art et la vie réelle. Affronter « un tabou absolu, celui de la mauvaise mère », comme l'a dit le réalisateur.

Clémence était avocate, maintenant elle veut faire écrire son roman, au prix de ne pouvoir se permettre autre chose qu'un appartement emprunté, en attendant une nouvelle avance pour le livre. Il n'a pas de chambre pour Paul, également parce qu'il ne l'a pas vu depuis des mois, qui s'accumulent, « si jamais les choses reviennent à la normale, je m'en occuperai ». Vicky Krieps est admirable dans son portrait d'une femme qui garde ses émotions à l'intérieur, veut vivre librement sans avoir à expliquer son style de vie, ni sa communication avec le monde, sans parler de sa vie sexuelle. Elle n'accepte pas de se conformer à ce que la société, les juges ou quiconque attend d'une femme qui veut juste voir son fils. Cazenave Cambet dresse le portrait d'une personne peut-être peu empathique, qui veut être jugée sur les faits et non sur les apparences.

« Je préfère la vérité de la guerre à l'hypocrisie de la paix », ou « même entre fils et mère, il n'y a pas d'amour sans haine. L'amour est brutal ». Les mots, ceux avec lesquels elle accompagne ses journées, expriment ses frustrations et ses déceptions dans sa quête du rôle de mère, dont elle se retrouve soudain privée. Des mots qu'elle écrit par besoin, pour ne pas céder, comme lorsqu'elle s'empresse de dire au revoir à ses amis après avoir nagé – véritable soupape de sécurité et irrésistible leurre amniotique – et après avoir appris de son avocat qu'elle a été accusée par son mari de pédophilie et de prostitution, pour un passage contenu dans un livre qu'elle garde chez elle. Des mots écrits, car elle veut aussi raconter ce qui lui arrive dans un livre, comme la protagoniste de The Morning I Write de Valérie Donzelli.

Love me tendre est radical, il évite toute sentimentalité alors qu'on l'aurait imaginée, due aux habitudes cinématographiques ou à la vie communément comprise. Elle n'a pas peur, comme Clémence, de tomber et de se relever, de s'aventurer dans un dernier rôle où même l'amour maternel est remis en question, « qui peut finir, comme tout autre ». Les schématismes ne manquent pas, comme la répétition de scènes redondantes où Clémence alterne les humeurs à vélo sur les pistes cyclables, ou elle est seule, pendant qu'elle écrit ou tente de ne pas désespérer, dans son nouveau quotidien d'« artiste maudite » de l'Est parisien, comme le lui reproche son ex, dont la perfidie ne craque jamais, de manière un peu forcée.

Mais le courage, admirable et surprenant, d’un protagoniste indomptable est évident.