la critique du drame de la Shoah avec Mélanie Thierry

Présenté en salles quelques jours à l'occasion du Jour du Souvenir, Mariana's Room raconte l'histoire vraie et touchante d'un garçon juif et de la femme qui le cache des raids nazis dans une petite ville ukrainienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Critique de Mauro Donzelli sur l'adaptation du roman d'Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld était un enfant, pendant la Seconde Guerre mondiale et l'extermination des Juifs en Europe de l'Est. Ayant survécu à l'Holocauste, il a consacré sa carrière d'écrivain à raconter l'horreur de la Shoah, notamment du point de vue des plus petits, ceux qui avaient son âge dans ces années terribles. Il l'a également fait dans La Chambre de Mariana, traduit en italien par Fiori nelle tenebre (édité par Guanda), devenu aujourd'hui un film écrit et réalisé par Emmanuel Finkiel, qui s'est fait connaître avec une autre adaptation, Le Chagrin de Marguerite Duras, qui se déroule à Paris pendant l'occupation nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans les mêmes années, à partir de 1942, dans une ville d'Ukraine à la frontière avec la Roumanie se déroule la Chambre de Mariana, qui présente une histoire archétypale des histoires de la Shoah : la relation entre un enfant juif et un adulte « gentil », en l'occurrence une femme qui, en l'absence de ses parents, dont le sort est souvent la mort dans les camps, tente de la cacher au milieu des raids nazis dans l'Europe sous occupation. Comme pour The Sorrow, Finkiel s'appuie sur une actrice phare du cinéma européen, même si elle est rarement reconnue. On parle de Mélanie Thierry, la Mariana du titre, à qui un ami confie le sort d'Hugo, 11 ans et la terreur dans les yeux. Il le cache dans une crevasse créée dans sa chambre du bordel où il travaille, avec une clientèle inévitablement composée en majorité de soldats allemands agaçants et ivres. Elle fume et boit également pour supporter un quotidien qui est loin des rêves d'avant-guerre de quelques années plus tôt.

Les semaines et les mois passent, et Hugo continue de vivre caché le soir, passant du temps avec sa « mère adoptive » avec qui il commence à nouer une relation quotidienne et affectueuse. Malgré tout. Précisément pendant la transition vers la puberté, l'enfant de plus en plus jeune se retrouve à vivre une éducation très particulière, loin du confort de la maison de ses parents dans le ghetto de la ville, avec la fenêtre de la pièce comme seul moyen de communication avec l'extérieur. Il cherche un sens à ce qui se passe, il confond le jour avec la nuit, la réalité avec des souvenirs heureux avec sa mère et Anna, plus qu'un ami avec qui il échangeait insouciant des promesses d'amour éternel. Finkiel consacre beaucoup d'attention à l'expérience sensorielle de Hugo et à nous, spectateurs, qui vivons l'emprisonnement et la peur de son point de vue. Les bruits et la lumière qui filtrent, l'imaginaire qui s'envole, guidé aussi par les premières pulsions sexuelles. Ce sont là les aspects les plus réussis de ce film qui par ailleurs est très classique au point de friser l'ordinaire.

Hugo reste en attente, le temps de s'habituer à l'obscurité, mais surtout à la lumière apportée par la belle et souriante Mariana, qui devient une figure de référence dans le passage de son corps et de son caractère, blessé par le manque d'affection, vers l'âge adulte. C'est dans cette répétition étouffante d'espoirs et de déceptions qu'entraîne le film, dans l'hypervigilance auditive constante de Hugo. Il recherche un terrain moins habituel dans le cinéma de l'Holocauste et, ce faisant, se nourrit également de la timidité agitée d'Artem Kyryk, un jeune talent découvert par Finkiel après les innombrables auditions habituelles. Thierry est sublime, excessif et élégant, dans un rôle qui ne fait que confirmer son remarquable talent caméléon, dans lequel il joue en ukrainien et en allemand.

Plus habituel, mais non sans moments touchants, est le chemin de la partie finale, dans lequel la suspension laisse place à une réalité, à cet âge adulte qui attend le jeune protagoniste, mais sans trop en révéler ni abonder en réponses à une histoire personnelle qui s'inscrit dans un contexte encore sans réponses rationnelles, après quatre-vingts ans et au-delà, comme la Shoah.