Deux heures de voiture abandonnant brusquement le chantier le plus important de sa carrière honorée et solide vers une destination surprenante. Remake du britannique Locke, avec Tom Hardy, Joseph's Choice est un thriller dramatique sur le sens du devoir construit autour de la performance de Vincent Lindon. La critique de Mauro Donzelli.
Un lieu fermé, dans un peu plus d'une heure. Un personnage qui vit avec clarté une condition extrême, même s'il est clair que sa vie ne sera plus jamais la même, lorsqu'il atteint un objectif qu'il ne peut pas manquer. Même au prix de ruiner une carrière honorée et appréciée de directeur de grands chantiers. En fait, Joseph est un professionnel impeccable et une personne respectable, il a une femme avec deux enfants adolescents et le respect qui l'entoure. Solide comme le béton, dont il connaît toutes les nuances, et représente le cœur de son œuvre. On voit vite, dans ce Joseph's Choice, remake très fidèle, réalisé par Gilles Bourdos, de Locke de Steven Knight, avec Tom Hardy dans le rôle principal, le parallélisme insistant, tout comme dans l'original, entre la précision et la fiabilité du protagoniste et ce qu'exige la construction de grands bâtiments.
Une tour de plus de 70 mètres de haut, c'est le projet sur lequel travaille Joseph au début du film, quand on le voit descendre à vive allure du chantier et repartir en voiture, quelques heures après le coulage crucial du béton pour les fondations de l'ouvrage, sans doute le plus impressionnant de sa carrière. Un appel inattendu est arrivé et il ne peut s'empêcher de tout risquer pour y aller. « J'ai pris ma décision, je n'ai pas le choix », dit-il. Parce que c'est bien comme ça, et qu'il doit réparer son erreur d'une manière ou d'une autre, que ce soit la première ou la centième, cela n'a pas d'importance. Une petite erreur et le monde entier s'effondrera, tout comme si l'on se trompait dans le mélange de béton des fondations de la tour.
Dans sa vie parfaitement organisée et vertueuse, il y a une parenthèse qui l'oblige à assumer ses responsabilités. Un soir, sept mois plus tôt, lors d'une soirée de fin de travail, il a fait quelque chose qu'il n'aurait pas dû et qu'il ne voulait pas faire. Une erreur qui ne s'est jamais répétée, qui n'a pas changé ses sentiments pour sa femme, mais le choix de Joseph est de confirmer qu'il est une personne aux valeurs implacables, ne se comportant pas comme son père, qui l'a abandonné à la naissance. Ce père qui apparaît parfois comme une référence fantomatique, à qui il adresse les seuls mots d'expression sur le voyage en voiture qui vont changer son existence. Le reste, ce sont des coups de téléphone conformes à un pragmatisme dont il maîtrise parfaitement son travail. Il appelle ses deux enfants qui l'attendent pour regarder ensemble un match de football, sa femme à qui il doit quelques explications, son patron et son assistant, avec qui il supervise chaque phase de l'organisation du travail.
Le ton de voix, rassurant et efficace, presque jamais hors de la partition, représente le souffle, le rythme vital de ce film qui conserve certaines des qualités de l'original, mais souffre forcément d'un manque d'originalité qui le rend par certains côtés moins authentique. Vincent Lindon est impeccable, tout comme Tom Hardy, trente ans plus jeune dans le film original, visiblement enthousiaste et à l'aise dans une de ces situations dont rêve tout acteur. Bourdos accompagne habilement les hauts et les bas dramaturgiques sur scène à l'intérieur de la machine, construisant un rythme qui rend les 75 minutes du film agréables sans regards impatients sur l'horloge.
À la parabole évidente, et par trop didactique, de l'intégrité de l'homme honnête, qui surmonte les torts subis par la génération précédente en se montrant différent et plus intéressant, s'ajoute la solitude de Joseph, qui tient bon tout en décevant tout son entourage et la première fissure s'élargit au point de risquer l'effondrement de son existence même.