la critique du film d'Alan Gomis en compétition à Berlin

Un mouvement perpétuel de personnages et d'acteurs, un méta cinéma qui semble surgi d'une section latérale d'un festival périphérique il y a vingt ans, mais qui est plutôt en compétition dans une Berlinale fatiguée. La critique de Mauro Donzelli sur Dao d'Alain Gomis.

L'explication du titre nous vient immédiatement, dans la première image avec une légende qui résume le terme Dao comme « un mouvement perpétuel et circulaire qui traverse tout et unit le monde ». Une prémisse qui ignore un autre élément crucial de ce vélo, le fait qu'il s'agit d'un marathon de plus de trois heures, certainement pas d'un sprint et certainement pas d'un demi-fond. Le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis récupère alors un artifice presque aussi vieux que le cinéma, et le propose ici de manière lasse et poussiéreuse. Celui du méta cinéma, consacrant les quelque vingt premières minutes de ce récit à une série de castings réels, de conversations entre le réalisateur, hors écran mais dont on entend la voix, et une série de migrants africains en France qui débarquent pour se plonger dans un film, notamment dans le rôle important de Gloria. En parlant de noms de films.

Premier pas pour une histoire frénétique d'acteurs et de non-professionnels, qui mélange deux événements clés, un mariage qui sera célébré à Paris, au sein de la communauté africaine, qui voit la fille de cette Gloria mentionnée ci-dessus avec une robe et un serment prêts. Au même moment, nous nous retrouvons confrontés à des funérailles dans le petit pays d’Afrique de l’Ouest de Guina Bissau. Des moments fondateurs de toute épopée familiale, que Gomis met en scène avec frénésie, danses, chorégraphies, plaisir mais aussi douleur et souffrance dues au deuil. Malgré ces prémisses qui laisseraient espérer une mise en scène énergique, la lassitude d'un film qui semble sortir d'une section collatérale d'un festival de films d'auteur, mais avec vingt ans de retard, apparaît vite. Le sentiment d’avoir déjà vu est inévitable, malgré l’engagement de rendre la circularité de ce mouvement si clairement énoncée par le titre Dao.

Une circularité qui éteint bientôt l'intérêt du spectateur, submergé par la fiction et la réalité, acteurs et habitants se prêtant volontiers à la grande aventure du cinéma. Il faut trop de patience pour arriver au moment central où ces deux mondes se croisent de manière pleine et entière, dans lequel se déroule le cycle de la naissance, d'un amour et d'une nouvelle famille, équilibrant un équilibre perdu après la mort. Deux cérémonies opposées et deux identités culturelles qui cohabitent chez les mêmes personnages et chez les nombreuses personnes qui, de l'Afrique à Paris, et en Europe en général, ressentent cette division tour à tour comme une richesse et comme la solitude de ceux qui ont dû abandonner leurs proches et leur famille pour un exil rendu nécessaire par le soutien économique.

Même s'il n'est pas évoqué de manière trop directe, c'est aussi un film qui veut illustrer la richesse de la vie des migrants, de ceux qui sont souvent traités à la hâte en Occident. De nobles intentions, mais une forme radicale qui n’obtient pas l’effet d’implication souhaité mais plutôt une perte précoce de patience et d’identification.