la critique du film de Cédric Klapisch

Une curieuse comédie voyageant entre la fin du XIXème siècle et nos jours, un hommage à l'amour, à la peinture et à la photographie. Cédric Klapisch aime changer à chaque film et il récidive avec Les Couleurs du temps, avec Vincent Macaigne, Suzanne Lindon, Cécile De France, Paul Kircher. La critique de Mauro Donzelli.

Ils sont tous plus ou moins déçus de leur vie. Il y a ceux qui ne s’épanouissent pas, ceux qui débutent une carrière et ceux qui la terminent. Il s'agit du groupe hétéroclite de Parisiens aujourd'hui nommés par héritage, descendants d'une femme célibataire, Adèle Meunier, devenue adulte à la fin du XIXe siècle en passant par une période cruciale passée à Paris, où, partie de sa Normandie natale, elle partit à la recherche de sa mère qu'elle n'avait jamais connue. Les générations (d'aujourd'hui) se comparent, tandis que se dessine le passage à l'âge adulte d'une jeune femme d'hier, à partir d'une période certainement pas choisie au hasard par Cédric Klapisch, bon artisan du cinéma français qui aime changer d'ambiances et de genres, en l'occurrence même d'époques, en gardant une sincérité de récit envers les jeunes (L'Appartement espagnol et La vie et une danse) et les désorientés par la vie (Retour en Bourgogne).

Il s'agit d'une comédie, Les Couleurs du temps, dans un film original, qui propose un divertissement agréable sans élever la voix, avec un plaisir évident et la curiosité sincère de s'aventurer dans des années cruciales pour le cinéma lui-même. Nous sommes en 1895, au moment même où l'art nouveau faisait ses premiers élans, mais surtout la photographie semblait pouvoir dominer l'histoire visuelle, supplantant et même décrétant la mort de la peinture. C'est du moins ce que beaucoup pensaient, ce qui nous faisait sourire en pensant aux années plus récentes – comme aujourd'hui – et au cri commun de la mort du cinéma.

Klapisch aime insérer des monstres sacrés de l'art dans le voyage d'Adèle, de Victor Hugo à Monet, tandis que le groupe de contemporains, de différentes générations et mélancoliques, enquête sur certaines œuvres trouvées dans la maison abandonnée depuis des décennies qui représente l'héritage qu'ils devraient diviser, alors que dans ces régions ils ne les voient pas le vendre, pour permettre la construction d'un centre commercial très moderne sur le terrain. Celui qui déclenchera la communication avec le passé ne pourrait être qu'un jeune créateur de contenu – parlant de l'innovation qui menace le statu quo – qui, avec l'aide d'une substance enjouée et onirique, permet aux plus perméables d'entre eux, aux plus sensibles, de se promener à l'exposition de lancement d'un nouvel artiste, ancêtre d'un mouvement artistique toujours à la mode comme l'impressionnisme.

Adèle Meunier a le physique longiligne de Suzanne Lindon, dans cet hommage au Paris d'hier, mais aussi au désenchantement moins magique d'aujourd'hui, à la recherche de cette solidarité entre les êtres humains qui représente l'une des étoiles filantes du cinéma klapisch. La jeune femme nous sert de guide (sans le savoir) dans la Belle Époque et parmi les passions amoureuses des peintres et des tableaux devenus iconiques. Ironique et parfois même touchant, il s'appuie sur de jeunes comédiens prometteurs et sur le divertissement de deux maîtres de l'auto-ironie et du jeu hésitant avec panache comme Cécile De France et Vincent Macaigne.

Au-delà de tout, c'est surtout un autre hymne à la vie de Klapisch, à cette aventure qui se déroule chaque jour sous nos yeux, entre le premier clip émouvant du jeune influenceur, qui tombe amoureux de la belle chanteuse, et le jour de la retraite du professeur de littérature, tant aimé de ses élèves qui lui donnent des applaudissements interminables qui l'accompagnent hors de l'école, vers sa nouvelle vie. Et dans une époque repliée sur elle-même, cela sonne aussi comme une invitation non pédante à regarder en arrière, à avoir pleinement conscience de son avenir, guidé par l'amour de la découverte et de l'imagination. Il est donc préférable de regarder les années au cours desquelles de nombreuses inventions cruciales ont jeté les bases du monde d'aujourd'hui, de l'électricité au cinéma.