Avec légèreté et enchantement, Laura Samani revient pour parler, dans Une année d'école, d'un corps, qui appartient ici à une jeune fille arrivée de l'étranger et confrontée à un univers masculin dans le Trieste du début des années 2000. L'avis de Carola Proto.
Si nous devions résumer le sens profond et l'ensemble de l'aspiration et de la substance d'Une année d'école dans un seul mot, ce mot serait « liberté ». Free, c'est d'abord le regard de la réalisatrice Laura Samani sur le réel et free, c'est son cinéma, qui ne marche pas dans les traces laissées par les autres sauf en empruntant, peut-être inconsciemment, la légèreté de la Nouvelle Vague rohmérienne et godardienne. L'écriture est libre, elle ne reste pas empêtrée dans les contraintes des trois actes et le choix de ne travailler qu'avec des comédiens non professionnels est, ou plutôt était, libre, par besoin de naturel et de ces sales choses qui riment avec authenticité. Libero est aussi l'adaptation du roman du même nom de Gianni Stuparich qui a inspiré le film, qui à partir du début des années 1900 a été catapulté en 2007/2008, peut-être pour montrer et démontrer que grandir en tant que jeune femme dans un monde dominé par les hommes est toujours un défi, car le corps féminin est une croix et un délice, un épouvantail et un profond mystère.
Ici, le corps appartient à une jeune Suédoise nommée Fred qui, à Trieste, se retrouve seule femme dans une classe de jeunes hommes. Évidemment, Fred est aussi libre, car elle vient d'un pays ouvert d'esprit, sinon sans scrupules, mais pour sa liberté, c'est aussi, selon les mots de Giorgio Gaber, une « participation », dans le sens du besoin d'appartenir à un groupe d'amis historiques, une petite communauté compacte comme il y en a dans les livres de Stephen King ou dans les romans sur le passage à l'âge adulte comme Les Goonies. Le groupe est un trio, et pour le rejoindre, Fred (Stella Wendick) doit suivre à la fois des règles écrites, qui sont les mêmes que celles qu'Antero (Giacomo Covi), Mitis (Samuel Volturno) et Pasini (Pietro Giustolisi) suivent fidèlement, et des règles non écrites, à commencer par le sacrifice de ses propres désirs et de sa féminité. Pour s'intégrer et dormir dans « l'antre » du groupe, qui est une typographie abandonnée, Fred doit en somme choisir entre exprimer ce qu'il ressent, au risque de l'exclusion, ou se conformer aux autres, buvant de la bière et fumant des joints, et se révoltant contre un monde qui n'est plus aussi feutré que dans les années 80 et 90 mais qui apparaît fragile, exposé, sans repères. Dans ce monde, Pasini souffre de la mort de son frère et Mitis, conservateur et territorial, se comporte comme un enfant qui n'a jamais grandi.
L'autre mot clé d'Une année d'école est certainement « frontière », notamment la frontière entre l'adolescence et l'âge adulte et entre l'amitié et l'amour. La ville même dans laquelle se déroule Une année scolaire, à savoir Trieste d'Europe centrale, est une frontière, ou plutôt une région frontalière, où s'entrelacent les cultures méditerranéennes, slaves et germaniques.
C'est un autre personnage de notre histoire Trieste, avec son air mélancolique, son vent violent et ses hauts et ses bas continus. Parfois la ville devient même une prison dont on peut s'évader pour aller étudier ailleurs ainsi qu'une Babel dans laquelle sont parlées les langues frioulane, italienne, slovène et anglaise, et chaque langue exprime un état d'esprit, une vision de la réalité, une température émotionnelle.
Fred, dès son arrivée à l'Institut Technique Marie Curie, rencontre la trivialité, le mauvais goût et le patriarcat. On contemple pourtant avec étonnement le spectacle d'un microcosme dans lequel les parents sont absents et les enfants livrés à eux-mêmes et donc à leur douleur, aux tumultes de la fin de l'adolescence et à l'incertitude du lendemain qui approche à grands pas avec les examens finaux. En ce sens, Antero, Pasini et Mitis sont des non-conformistes et se complètent, et Fred est le bus que chacun d'eux prend vers l'âge adulte. Mais elle a toujours une longueur d'avance. Elle marche tranquillement mais à un rythme constant, oscillant entre rébellion et résilience, entre colère et douceur, et embrassant ainsi les contradictions et l'indéchiffrable complexité du féminin. Le masculin, en revanche, reste toujours un peu basique.
Une année scolaire se déroule dans une Italie où Facebook n'était pas encore arrivé, suivi par d'autres réseaux sociaux. L'histoire se déroule donc à une époque où la communication était verbale et où les gens unissaient les choses faites ensemble. En regardant le film, on se sent à des années-lumière de cette époque sans les haineux et les selfies, et puis Une année à l'école peut aussi devenir une invitation à faire équipe en se regardant dans les yeux et en mélangeant les sensations de nos corps imparfaits au lieu de ceux d'Instagram. Dans le deuxième long métrage de Laura Samani, ces corps se touchent, tandis que le futur devient le lieu de l'infini possible et le passé une ceinture de sécurité pour voyager avec plus de courage et d'énergie.