la critique du film qui a remporté le Festival du Film de Rome

Une mère et sa fille au centre d'une ville frénétique et pleine de couleurs, le regard délicat sur des générations féminines confrontées à une société patriarcale. Critique de Mauro Donzelli sur la première œuvre solo de Shih-Ching Tsou produite par Sean Baker.

Des générations de femmes dans une ville qui parle chinois mais qui regarde vers l'Occident depuis des décennies, constamment en équilibre entre deux mondes, récemment particulièrement en équilibre d'un point de vue géopolitique. C'est à Taiwan, et dans sa capitale Taipei, que revient avec des souvenirs Shih-Ching Tsou, professionnelle confirmée formée et travaillant en Amérique, productrice régulière de Sean Baker, qu'elle a rencontré à l'université, et avec qui elle a co-réalisé Take Out en 2004, et a également collaboré à ce premier solo derrière la caméra. Si dans le premier cas elle racontait l'histoire d'un immigré clandestin qui survit à New York, elle s'inspire ici des souvenirs personnels et familiaux du Tapei où elle a grandi.

Au début de My Family in Taipei, trois femmes quittent la province pour la grande ville. Pour eux, c'est un retour, ils reprennent possession de ces espaces frénétiques et colorés où le soleil brille à peine entre les grands immeubles et les gratte-ciel, après que leur père/mari ait jugé bon de quitter la maison. C'est le premier indice d'une histoire capable de pénétrer dans les recoins les plus intimes d'une société patriarcale, mais dans laquelle, dans les faits concrets de la vie quotidienne, c'est la femme qui dirige la famille. Les figures masculines sont absentes ou négligeables, tandis que la petite I-Jing erre entre la maison qu'elle peut se permettre et le kiosque de nourriture de rue avec lequel sa mère tente de subvenir aux besoins de la famille. Elle est aidée par sa fille aînée, toujours grincheuse, qui enchaîne quelques petits boulots tout en cherchant son équilibre et son avenir.

C'est dans les ruelles nocturnes de ce marché fascinant que s'insinue le chemin de la petite protagoniste, souvent suivi de son point de vue alors qu'elle explore le quartier, commet quelques petits vols et se convainc, avec l'absolu épique de l'enfance, que certaines mésaventures qui commencent à se produire sont liées aux paroles de reproche de son grand-père pour l'utilisation de sa main gauche, celle du « diable ».

Écrit il y a des années, puis affiné au fil des années suite à divers séjours et rencontres dans la ville d'enfance du réalisateur, My Family in Taipei est une triple histoire d'apprentissage, qui implique les protagonistes. L'atmosphère qui forme le fond est cruciale, colorée et parfois magique, mais aussi brutale, à laquelle le tournage avec un vieil iPhone donne une patine insolite et chaleureuse. Une histoire de famille simple, dans laquelle les grands-parents et la société en général font preuve d'une approche conservatrice dont la fille, mais aussi et surtout les petites-filles, tentent de se démarquer avec la détermination de petites rebelles.

L'ancien, comme la superstition du gaucher comme diabolique, également connue dans notre région il y a quelques décennies, se heurte au moderne d'une ville devenue démesurée et regorgeant de rencontres et de commerces. Entre l'intime et l'urbain, quelques secrets révélés au mauvais moment, la dynamique classique du magna familial parfait, un ton d'histoire sincère et tendre, mais aussi par moments drôle et ironique, le film accompagne avec grâce des personnages auxquels on s'attache vite. Surtout, l'irrésistible et courageux petit I-Jing, interprété par la star de la publicité taïwanaise Nina Ye.