la critique du film sur le suicide assisté avec une magnifique Hélène Vincent

Une grand-mère a pris une décision qu'elle n'a pas le courage de partager avec son fils et sa petite-fille adolescente, mais uniquement avec un professionnel de la santé. L'étrange groupe part pour un voyage en Suisse dont le but n'est donc pas connu de tous, mais qui aborde le thème du suicide assisté avec légèreté et amour. La critique de Bons voyages, Marie.

Marie est une grand-mère douce, apparemment sereine et totalement à l'aise dans son quotidien. Mais elle a pris une décision, lorsqu'on la rencontre dans la première scène du premier ouvrage d'une jeune comédienne et comédienne, Enya Baroux, fille d'un père comédien très célèbre en France. Il n'a pas le courage de partager ce choix avec son entourage, sa famille désormais veuve, c'est-à-dire son fils Bruno, un canaille avec une dose absolue d'immaturité et plein de dettes, et sa nièce, l'adolescente Anna.

Mais nous spectateurs voyons tout de suite ce qu'elle a décidé, elle veut bénéficier du suicide assisté, pour cela elle s'est confiée à une entreprise en Suisse qui s'occupera de tout, organisera sa « douce mort ». La seule qui l’apprend tout de suite est une aide-ménagère qu’il vient de rencontrer. Curieusement, les deux acteurs, l'extraordinaire Hélène Vincent, et Pierre Lottin, collaborateur régulier du père du réalisateur, ont été les protagonistes d'une amitié tout aussi singulière avec une grande différence d'âge, insolite mais tendre, dans le film de François Ozon, Sous les feuilles.

Ici, la mort ne fait pas irruption mystérieusement, portée par des champignons vénéneux, mais est recherchée en pleine conscience par un octogénaire atteint d'une récidive d'un cancer, aujourd'hui au stade quatre, incurable. Un sujet au centre du débat contemporain, jamais aussi sain qu'il le serait dans une société responsable, abordé par la débutante Enya Baroux avec une légèreté de ton qui ne devient jamais un raccourci, pire encore, irrespectueux envers la délicatesse du sujet. C’est précisément en parvenant à révéler des pages de la vie quotidienne, vues sous un angle ironique, qui donne de la valeur au sens même de la comédie sur le suicide assisté. Car en fait il s'agit d'une comédie, sous la forme d'un curieux groupe de quatre personnes qui voyagent du sud de la France jusqu'en Suisse dans un vieux camping-car familial. Bon voyage, Marie, mais aussi aux autres participants de ce voyage bizarre, dans lequel seuls deux d'entre eux savent – pendant presque tout le voyage – quelle est la véritable raison de leurs vacances sans précédent.

Complicités et problèmes non résolus, quiproquos et rencontres cocasses, tout l'attirail est mis en jeu par Baroux, entre des souris comme animaux de compagnie et une adolescente qui devient adulte, mettant son père en crise, complètement incapable de subvenir aux besoins d'une adolescente. L'alchimie de groupe fonctionne bien grâce à des acteurs adorables, certes loin de l'image brillante du séduisant protagoniste, mais surtout grâce à l'extraordinaire énergie et douceur d'Hélène Vincent, qui après le film d'Ozon confirme qu'elle connaît une nouvelle jeunesse, intelligemment soutenue par le cinéma français. C'est précisément pour ce film qu'elle a été récompensée comme meilleure actrice au principal festival dédié à la comédie nationale, à l'Alpe d'Huez.

Un voyage familial plein d'humanité et d'une lumière inattendue, compte tenu de la dramaturgie du sujet abordé, vers un chemin de conscience qui puisse mettre de côté l'énorme tabou que représente dans notre région la mort et le débat sur la manière de l'affronter, individuellement et collectivement.