Une psychiatre confrontée à la mort subite d'un de ses patients. La nouvelle la choque et l'entraîne vers une enquête obsessionnelle. Un thriller plein de vivacité et des tons de digression amusée de Rebecca Zlotowski avec Jodie Foster qui démontre son français parfait. La critique de Mauro Donzelli sur Private Life.
La psychiatrie et l’enquête policière sont deux territoires semblables depuis leur naissance et capables de se nourrir l’un de l’autre, comme en témoigne le récit que l’on définit comme fiction policière, les romans policiers (ou policiers) anglo-saxons. C'est avec cet esprit, et un louable plaisir de raconter des histoires avec panache, au rythme d'un divertissement sans trop d'atours « auctoriaux », que Rebecca Zlotowski se lance dans l'enquête sur la Vie privée. Il peut se décliner au singulier, avec le protagoniste au centre, mais on se rend vite compte à quel point il s'agit d'une pluralité de personnes qui gravitent autour du parcours personnel et professionnel d'éveil de la psychiatre Lilian Steiner. Un voyage aux tons légers, malgré le drame des situations, qu'il ne faut certainement pas prendre pour superficiel, comme on le faisait trop souvent dans le passé avec la littérature policière.
Lilian Steiner, le nom parfait pour une psychiatre, est le protagoniste de Jodie Foster pour la première fois dans un film dans lequel elle peut démontrer la qualité de ses études scolaires en français, après un petit rôle il y a une vingtaine d'années dans Un long dimanche des passions de Jeunet. Sa vie se déroule dans un périmètre court, celui entre le salon et le bureau où il reçoit, à domicile, des patients prêts à s'allonger sur le lit standard. Un contexte de bonne bourgeoisie, calme et vécue dans la solitude, après le divorce d'avec son mari (Daniel Auteuil), avec un fils « installé » et depuis peu un père. Elle n'est pas particulièrement empathique, elle est à l'écoute des patients, qu'elle enregistre méthodiquement sur des minidisques très rétro, à l'image de la maison et de ses habitudes.
Elle semble enfermée dans une bulle, après que son appartement ait été vidé et que sa famille soit occupée à vivre ailleurs. Son métier consiste à fouiller dans le quotidien des autres, mais elle ne semble pas capable de le faire sur elle-même. Écoutez-vous vraiment ces gens, appliquez-vous un filtre d’humanité ou comparez-vous simplement ce qu’on vous dit avec les règles du bon psychiatre apprises des décennies plus tôt ?
Bientôt, cette dimension immobile est choquée par la nouvelle du suicide d'un patient. La psychiatre n’accepte pas qu’elle ait manqué les indices de cette décision très définitive. Elle se sent mise au défi, alors elle commence à enquêter pour prouver qu'il ne s'agit pas d'un suicide. C'est alors que Vie Privée commence à osciller entre thriller psychologique et comédie brillante, voire sentimentale, et aussi très hilarante, lorsque son ex-mari revient en jeu et la soutient avec toujours plus de conviction, alors que leur relation évolue vers un retour de passion érotique.
Il s’agit plutôt d’une mission de se libérer de la culpabilité, confirmant une approche peu altruiste de son métier. Pour ce faire, elle se rapproche de la famille du défunt, bientôt rejetée par un mari qui l'accueille avec des paroles dures, l'accusant de ne pas avoir anticipé les fragilités de sa femme, et une fille qu'elle identifie bientôt comme l'auteur possible du meurtre de sa mère. Zlotowski évolue naturellement entre tons chauds et froids, avec une mise en scène qui mêle psychanalyse et cinéma, l'inconscient en fibrillation et les événements extérieurs plus drôles que dramatiques. On évolue sur le territoire traditionnel de l'enquête, entre fausses pistes et rebondissements, concentrant le tout dans la personnalité variée d'une Jodie Foster parfaitement à l'aise, avec Auteuil à ses côtés dans le rôle d'un savoureux Docteur Watson. Un ophtalmologiste chargé de restaurer la vision de son ex-femme dans l'inconscient, un psychiatre
Un labyrinthe d'événements qui rappelle l'inextricable de notre esprit, dans lequel la rationalité de Lilian Steiner se heurte à l'irruption inattendue des sentiments et des émotions. C'est précisément l'incapacité initiale à les gérer qui déclenche les moments de plus grand élan comique dans cette histoire agréable qui ne veut pas se prendre trop au sérieux.