Présenté à Venise en 2023, le film – dans l'original Au pays des saints et des pécheurs – n'est rien d'autre qu'un western se déroulant en Irlande en 1974. La critique de La Dernière Vengeance de Federico Gironi.
Oui, ok, nous y sommes IrlandeDans le 1974. Nous parlons de COLÈREet les dieux Troubles, et le film s'ouvre sur un attentat à la bombe dans un pub de Belfast à la suite duquel quatre terroristes vont se réfugier dans un village isolé de la côte ouest du Donegal. Et pourtant, allez, c'est clair : en quelque sorte même à partir de cette scène initiale, pour être particulièrement pointilleux, mais en tout cas en fonction de tout ce qui vient après. Au pays des saints et des pécheurs (que nous appelons La dernière vengeancepuisqu'on ne peut plus véhiculer d'autre thème que la vindicte, s'il y a Liam Neeson), troisième ouvrage de Robert Lorenzc'est un western. Un pur western aussi.
Rien ne manque : le vieux flingueur qui voudrait ranger les armes, mais les circonstances et son bon cœur ne le lui permettent pas ; un shérif un peu naïf mais moins qu'il n'y paraît ; des hors-la-loi qui envahissent un village en pensant pouvoir faire leurs sales affaires ; le jeune flingueur qui idolâtre l'ancien, aimerait être son rival, mais fera office d'acolyte. Ajoutez-y un pub, ou plutôt un saloon, et c'est tout.
Western, disions-nous. Également révisionniste, et un peu crépusculaire. Leoniano, en termes d'intrigue narrative. Eastwoodien comme des thèmes et des ambiances.
Ce n'est pas une coïncidence. Laurentavec le vieux Clint, a un passé important : il est son assistant réalisateur depuis les années 90, il a produit plusieurs de ses films, de Dette de sang à Tireur d'élite américainet l'a même réalisé dans son premier film, De retour dans le jeuce qui n'était pas mal du tout.
Là aussi, ajoutons que le deuxième film de Laurent, Un homme au dessus des loisil a vu Neeson prendre la place d'Eastwood, et c'est tout. Encore.
Tout cela nous fait comprendre beaucoup de choses. Surtout, cela nous fait comprendre que Ce n'est pas parce qu'on aime les surprises qu'on va voir Au pays des saints et des pécheurs. Un film comme celui-ci peut être vu et apprécié précisément parce qu’il nous conduit par la main le long de trajectoires narratives bien connues, dans des lieux dramaturgiquement familiers. Le fait qu'il nous fasse s'asseoir dans une histoire qui nous est en quelque sorte intime nous met tellement à l'aise.
Neeson grogne, grogne, soupire, parle doucement de son ton caverneux. Tirez aussi, bien sûr. Il ne veut plus le faire, même s'il a longtemps été tueur à gages professionnel. Trop, en fait : il aimerait passer les dernières années de sa vie en paix, peut-être expier une certaine culpabilité, et donc le fusil, là-haut sur l'étagère. Mais voici que quelqu'un, l'un des quatre assaillants cachés dans son village, dérange une petite fille, c'est un euphémisme, et personne ne veut ni ne peut rien faire. Et puis il faudra reprendre ce fusil, pour une dernière pression sur la gâchette. Ce qui aura son lot de conséquences.
Vous pouvez presque sentir l'air frais de l'automne irlandais sur votre peau, le regard se perd sur les prairies verdoyantes et les falaises surplombant la mer d'un bleu profond, comme et peut-être mieux que ce qui se serait passé parmi les déserts poussiéreux et nus du Nevada.. La sueur de certains personnages, dans Au pays des saints et des pécheurs, l'un de ces personnages qui ont les traits des meilleurs acteurs irlandais du marché, a des sueurs froides. Et le vent océanique emporte les bonnes et les mauvaises intentions, poussant le protagoniste Neeson pour trouver sa paix ailleurs. Qui sait où et si.