Une salle d'hôpital public dédiée uniquement aux femmes ayant subi des violences, une expérience racontée de manière immersive et empathique avec un casting d'excellents interprètes. Critique de Mauro Donzelli sur La Maison des Femmes de Melissa Godet.
Les réunions sont remplies de blouses blanches et de femmes médecins, à une seule exception masculine. Ce sont les uniformes de l’une des institutions les plus appréciées et discutées de tous les temps, d’autant plus dans un pays comme la France qui se vante (à juste titre) d’avoir le meilleur système de santé publique au monde. Ce sont les couloirs et les pièces les plus redoutés des citoyens, ceux où il faut des anges en uniforme pour rassurer.
Un autre film français s'aventure dans l'univers varié de la santé publique, une population d'humanité hétéroclite, autour d'une expérience réelle, particulièrement réussie, devenue exemplaire pour une série d'autres services ouverts dans tout le pays. C'est la Maison des Femmes, un lieu pour recommencer et reconstruire après avoir subi des violences. Un refuge multidisciplinaire où les femmes peuvent trouver le courage et la force de rendre visible la douleur qu'elles ont subie, bien souvent au cours de nombreuses années et dans l'intimité de la vie domestique, aux mains d'un mari ou d'un membre de leur famille violent.
La Maison des Femmes, première œuvre de la scénariste Mélisa Godet, est un récit inspiré de l'histoire réelle d'une maison de femmes à Saint Denis, en banlieue parisienne, qui prend une certaine liberté pour raconter une réalité importante pour l'accueil des femmes. Le point de vue est celui des opérateurs et du personnel qui accueillent et accompagnent chaque jour les personnes en quête d'aide. Le contexte est celui de la France, d’une société multiethnique mature mais non dénuée de nombreux points de friction, dans laquelle, à l’intérieur des murs du foyer, les habitudes culturelles et les risques de violence de genre, souvent enracinés dans d’anciens héritages patriarcaux, sont également différents. Si l'intervention la plus urgente semble, comme toujours, être la prévention, qui incombe évidemment à d'autres institutions en uniforme, ces courageux opérateurs s'engagent avec passion, souvent incapables d'éviter de souffrir émotionnellement des dures histoires auxquelles ils sont confrontés.
Ils sont un carrousel d’expériences, de classes sociales et de générations différentes, tant des patients que du personnel médical. A la tête du département se trouve le docteur Khoury, interprété par une excellente Karin Viard, une des actrices enthousiasmantes d'un casting d'ensemble où se dessine également le talent des toujours convaincantes Laetitia Dosch et Eye Haïdara, sans oublier le seul homme du groupe, choyé et taquiné, le psychiatre incarné par Pierre Deladonchamps.
Il en ressort un portrait crédible et imprudent, qui évite toute forme de rhétorique, parvenant à capter la sincérité et les émotions spontanées générées par une réalité qui suscite l'admiration et l'espoir, sans nier la complexité d'un travail de sensibilisation qui doit avant tout révolutionner la vie émotionnelle des hommes dans l'intimité des chambres privées.
À travers des victoires et des moments difficiles, des tentatives de visibilité pour leur lutte quotidienne contre des financements constamment en danger, La Maison des Femmes confirme la capacité du cinéma transalpin à raconter avec crédibilité les institutions fondamentales de la vie en commun, empruntant un chemin déjà parcouru avec succès et proposé à nouveau avec professionnalisme. Poser des problèmes et des questions, comme celui central que de nombreuses femmes vivent quotidiennement, résumé dans une explosion confessionnelle d'un médecin, et non d'un patient, pendant le film. « J'aime mon travail, j'aime mon fils, j'aime mon homme, mais ensemble ça ne marche pas. Mais je veux tout, je ne veux pas choisir. »