Bien emballé et avec tous les bons éléments et de nombreuses citations, mais sans réel « besoin », arrive le reboot féminin de la saga La Maison – Le réveil du Mal. L’avis de Daniela Catelli.
Depuis quelques années, nous assistons à un retour de l’horreur sur nos écrans, et cela nous fait énormément plaisir, en tant qu’admirateurs du genre, car là où il y a quantité, la qualité peut se cacher. Bref, parmi le sable, on peut aussi trouver quelques pépites. Mais dans cette renaissance du cinéma d’horreur, l’originalité fait très souvent défaut : à l’exception de Crier, dont la descendance fait toujours plaisir en raison de sa structure « méta » qui permet la mise à jour continue de l’histoire, l’écrivain est beaucoup moins convaincu de la nécessité de relectures continues, de redémarrages, de suites, de préquelles, de requelles, d’histoires d’origine et plus encore sur les classiques tel. Cela dit, La Maison – Le Réveil du Malretournez explorer le monde créé par Sam Raimi, Bruce Campbell Et Rob Tapert il y a plus de 40 ans (!), avec un regard inédit et féminin sur le sujetun décor claustrophobe et peu d’espaces extérieurs (à l’exception du prologue, qui n’est pas très en phase avec le reste mais qui est lié à l’épilogue qui prélude à une éventuelle suite), donnant satisfaction au public avec une certaine ironie, citations manifestes et cachées hectolitres de sangcomme il sied à une saga dont les protagonistes sont des démons pratiquement indestructibles, qui prennent possession des corps de leurs victimes en les déchirant et ne peuvent être tués (pour ainsi dire) ou du moins neutralisés qu’en les déchirant littéralement en morceaux et en lambeaux.
D’une certaine manière, la saga de Evil Dead est resté lié non seulement aux films de Raimi, mais plus généralement à l’horreur corporelle des années 80, avec les déformations et les mutations du corps. Impossible de ne pas penser aux cénobites de Hellraiser et aux films de Frank Henenlotter, au sadisme des démons qui se sont régalés des corps de leurs victimes dans des dizaines de films de l’époque. Le corps humain est utilisé par les « Deadites » comme une marionnette vivante, habitée par des entités qui ne donnent aucun répit et font ressembler Lucifer, Pazuzu et la belle compagnie à des amateurs (pour ainsi dire), dont la faim d’âmes se traduit par un appétit insatiable pour les entrailles et du sang. Cette fois, bien qu’il n’ait jamais été appelé le Necronomicon, le Livre des Morts réapparaît, trouvé fortuitement après un tremblement de terre dans les entrailles d’un immeuble délabré de Los Angeles, caché dans une crypte remplie de symboles et d’objets religieux, et récupéré par les adolescent impulsif et la malédiction se déchaîne en écoutant de vieux disques vinyles. Un élément intéressant, qui renvoie à la « préhistoire analogique » du genre auquel appartient désormais le brillant géniteur de Sam Raimi. Et il y a plusieurs de ces références, de la scène avec le globe oculaire à la tronçonneuse, qui personnellement, malgré l’habileté des protagonistes (surtout Lily SullivanAustralien comme Alyssa Sutherlandet le petit nouveau Nell Fisher) nous a donné un peu de nostalgie pour l’absence d’Ash/Bruce Campbell, qui n’apparaît pas dans un camée visible, mais n’a fourni que quelques bruits à la version originale.
L’histoire est centrée sur le retour de Beth (Sullivan) chez sa sœur, qu’elle n’a pas vue ni entendue depuis (trop) longtemps, à tel point qu’elle ne sait même pas que son mari lui a laissé trois enfants à élever, dans un appartement délabré à l’intérieur d’un immeuble qui est sur le point d’être démoli. La veille du déménagement, il se présente à sa porte pour demander son aide comme il l’a toujours fait, car il a découvert qu’il attend un bébé. Mais quand l’enfer se déchaîne, Ellie devient la mère qui veut dévorer ses enfants et tous leurs condominiums, et ce sera à Beth, qui s’est toujours appuyée sur les autres, de prendre la responsabilité de protéger ses petits-enfants. Dans le film, ils sont dispersés différentes citations visuelles et thématiquesqui ne font pas forcément référence à la série, un hommage clair du réalisateur Lee Cronin aux classiques qu’il affectionne : deux en particulier sont de Brillantl’une évidente et l’autre moins mais tout aussi claire, tandis que la dynamique Beth/Kassie renvoie à laExtraterrestres avec Sigourney Weaver et la petite fille (il y a aussi un chat roux, histoire de lever tout doute). Plus qu’une Cendre en jupe, Beth rappelle Ripley, l’héroïne qui se bat seule contre les extraterrestres monstrueux (leur but ultime est le même : ne pas se faire dévorer).
Parmi les belles intuitions du film figure l’agglomération finale des corps qui nous a fait repenser Société De Brian Yuzna, une autre suggestion visuelle que Cronin et ses (très bons) maquilleurs et FX Artists ont décidé d’insérer et qui est un élément nouveau par rapport aux pouvoirs des Deadites. Sûrement La Maison – Le Réveil du Mal est une bonne horreur, peut-être même meilleure que la moyenne et (en ce qui nous concerne) version de Foi Alvarez et a tous les bons éléments pour plaire à un public plus jeune. Mais qui a vu l’original et les suites de Sam Raimi (c’est-à-dire les Boomers habituels et maintenant vilipendés), c’est bien qu’il sache que nous sommes (encore) loin de ces niveaux.