La revue de la chasse

Comme dans At Tor Bella Monica il ne pleut jamais, Marco Bocci parle de la famille, qui représente la société en quelque sorte. Sa vision est claire, tout comme son idée de diriger. Quant aux personnages, ils sont voués, comme les vieux anti-héros, à répéter les péchés de leurs pères.

« Homo homini lupus » disait les anciens Romains lorsque, dans une guerre ou dans un règlement de comptes, l’être humain anéantissait cruellement ses semblables. Plaute, qui vivait au tournant du IIe siècle av. J.-C., qui fut le premier à utiliser cette expression dans la formule « Lupus est homo homini », et à nous qui avons étudié le latin, et qui savons le traduire par « L’homme est un du loup à l’homme », vient à l’esprit chaque fois que la violence exercée dans une histoire de fiction n’est pas graphique ou pulpeuse, mais brute, sauvage, réaliste et surtout inéluctable. Si alors l’histoire a les manières et les tonalités de la fable noire, qui s’appuie sur des personnages archétypaux, on peut remonter encore plus loin dans le temps et penser aux dramaturges grecs des VIe et Ve siècles avant J.-C., qui avaient déjà compris, sans l’aide d’un précurseur de Freudque les fautes des pères retombent presque toujours sur les enfants, qu’il n’y a pas de renaissance sans expiation et que la fuite est inutile, car les démons intérieurs, aussi rapides que le vent, courent à nos côtés.

Dans sa deuxième direction, sans surprise intitulée Chasse, Marco Bocci il s’approprie ces thèmes et modèles de comportement, replaçant une famille marquée par un épisode traumatique dans le présent, qui est un temps d’oppression. En réalité, ce sont quatre frères : faibles, frustrés et, au fond, incapables d’aimer. Ce n’est pas la première fois que le nôtre parle de la famille, qui représente la société d’une petite manière, mais cette fois il s’attarde sur des sentiments plus sombres, plus profonds, plus négatifs capables de ramener l’homme à une condition de félinité.

Lorsque le père-maître de Lucas, Mathias, George Et Sylvie meurt, aucun d’entre eux n’est capable de suivre le scénario qui s’est forcé à se répéter à l’infini, et qui prévoit que George soit un mari aimant et un père adoré, ou quoi Sylvie, qui a été toxicomane, continue d’être « propre ». Bref, le passé présente l’addition aux protagonistes de notre histoire, qui devient l’exact opposé du conte de fées des frères Grimm « Les quatre frères ingénieuxi », qu’une voix off lit pendant le film, soulignant l’impossibilité d’une conclusion pacifique.

Peut-être que cette voix off est l’élément le moins convaincant du Chasse, car s’il est vrai que cela permet de placer l’histoire dans une catégorie qui confine à l’horreur, en revanche cela semble vouloir donner au film une paternité qui ne lui appartient pas. Si par auteur on entend un réalisateur avec sa propre idée précise du cinéma, Marco Bocci il est à part entière, mais sa vision est si claire et son imagerie si riche et originale, qu’il n’y a pas besoin d’un outil qui explique des choses difficiles à comprendre ou qui véhicule un message quelconque.

Nous savons inspirer Chasse c’était une perte de mémoire temporaire du même Bocciqui s’est justement demandé s’il ne valait pas mieux oublier ce qui nous a fait souffrir, et nous savons à quel point Marco est un homme gentil, et nous avons découvert que sur le tournage de Dans Tor Bella Monaca ne meurt jamais. Là-bas l’amour entre frères était sain, alors qu’ici il est malade, refoulé au fond du cœur et dangereux car il nécessite une auto-analyse qui conduirait les personnages à exploser. Peut-être seul Sylvie pourrait être sauvé, Sylvie qui cherche la rédemption dans la maternité et qui ressemble Laura Chiatti, beau et poignant. Et qu’est-ce qui se passerait si Philippe Nigro se déplace facilement entre les frontières du noir, Paolo Pierobon révèle un côté luciférien qui inquiète ceux qui voudraient qu’il conduise Mathias & Co. Alors il y a Pierre Sermonti, enfin aux prises avec un rôle non comique. Son Mathias, égocentrique et mélancolique, est le plus désorienté de tous. Pour lui, le bruit de la réalité est devenu insupportable, et il s’est ainsi échappé dans le labyrinthe de la fantaisie. Comme les autres, il a de l’eau à la gorge, e Bocci il la voulait avec une longue barbe blanche, comme s’il était un prophète qui pourtant n’a pas de bonne nouvelle à annoncer, si ce n’est que le monde est vraiment un mauvais endroit. Le monde, hélas, est un freak show, et les monstres, ne Chasseje suis la femme et la fille de Georgecupide et stupide, et la prostituée enceinte qui est censée donner son enfant à Sylviequi ressemble par coïncidence à une sorcière de conte de fées.

Il a un grand dynamisme Chasse, notamment dans les scènes de chasse, qui reproduisent le jeu enfantin de cache-cache. De plus, l’action ne l’emporte jamais sur les personnages, qui ne sont ni noirs ni blancs mais traversés par des dizaines de nuances de gris. Nous sommes désolés qu’ils passent un si mauvais moment. D’accord, ils sont inventés, mais combien de personnes construisent un destin de malheur et de frustration par manque d’amour ? Trop. Alors pourquoi ne pas espérer que Chasse leur expliquez-vous ce qu’il ne faut pas faire et comment retrouver le sourire ?