La revue de l’ordre du temps

Un casting choral, un groupe d’amis qui se retrouvent dans une villa en bord de mer alors qu’une menace plane sur la continuation de la vie humaine sur Terre. La critique de L’ordre du temps, l’adaptation par Liliana Cavani du livre du physicien Carlo Rovelli.

Un groupe d’amis se retrouve dans une situation d’insouciance. Une semaine de cinéma marquée par l’anniversaire de l’un d’eux, qui les accueille tous dans une splendide villa sur la plage de Sabaudia, une perle chic très radicale près de Rome. Une opportunité pour Liliana Cavani se confronter après des décennies de carrière à une question cruciale, tant pour le cinéma que pour la vie de chacun de nous, comme celle le passage du temps. Il évite évidemment toute tendance au multivers cinécomique, il ne recherche pas la vraisemblance et il n’impose à ses personnages – en casting d’ensemble – aucun effort héroïque voire salvateur, en contraste avec le passage imparable du temps, ainsi que le hasard. qui gouverne le cosmos.

Mais il s’amuse – comme le montre clairement, du moins le ton sinueux et léger du film – à construire une série de personnages et à voir comment ils réagiraient s’ils se retrouvaient confrontés à la (possible) fin soudaine du monde. Ou du moins de l’humanité qui le peuple, permettant une simplification anthropocentrique de l’apocalypse. Alors nous serions également une partie misérable de la population de notre noble et maltraitée planète. Mais c’est une autre nuance du problème. Ici nous sommes dans une bulle de privilèges confortables, entre salades de riz et fruits frais. Et le risque d’un astéroïde qui pourrait nous faire finir comme les dinosaures… sans doute sans espoir de résurgence spielbergienne.

L’ordre du temps cela ne ressemble pas à une adaptation d’un livre écrit par un physicien comme Carlo Rovelli, qui est devenu ces dernières années le principal vulgarisateur de sa science dans notre pays. La narration des thèmes les plus « scientifiques » manque tellement de rigueur, qu’ils sont en fait vaguement ridiculisés, de même que les scientifiques présents parmi les amis, avec la bonhomie un peu surannée voire luddite d’un homme âgé qui s’obstine à éviter toute approche de la Technologie perfide, avec ses ramifications infinies qui mettent à mal le quotidien. Donc, qu’il s’agit aussi d’une lettre écrite au stylo plume et parchemin, celle racontée dans L’Ordre du Temps, qui ne s’intéresse pas non plus à la crédibilité des occupations quotidiennes et de certaines dynamiques sociales de ses protagonistes.

La perplexité demeure cependant que pouvoir discuter d’un équilibre de vie, de quels événements régler ou avouer(s), sans aucune tension dramatique ni anxiété, c’est presque comme si on le faisait devant un feu de camp.avec du vin chaud et des saucisses, on se retrouve à parler de petits amours et de grandes cornes, d’agréments banals véhiculés depuis des années avec un succès mitigé par le cinéma pour le moins italien. Le temps et l’apocalypse méritent peut-être mieux, un sentiment d’appartenance et d’urgence plus palpable et plus chaleureux. L’identification émotionnelle reste également suspendue, entre reconstitutions restées superficielles et épisodiques.