Le biopic réalisé par Antoine Fuqua retrace l'ascension artistique de Michael Jackson, du succès des Jackson 5 au Bad World Tour. Le résultat est un film visuellement impeccable qui choisit le mythe, laissant au second plan l'homme et ses contradictions.
Comment raconter une légende au cinéma ? Les rues, pour le meilleur ou pour le pire, sont toujours les mêmes. Il y a ceux qui choisissent la voie du biopic festif, linéaire et rassurant, et ceux qui tentent de creuser vraiment, de sélectionner les moments clés et de remettre en question le mythe. Mais quand il s’agit de Michael Jackson, le problème n’est pas de savoir quoi dire : c’est comment le faire. C’est évoluer sur un terrain miné, parsemé d’attentes et surtout d’images déjà gravées dans l’imaginaire collectif. Le risque ? Sortir une carte sainte ou au contraire une opération trop froide et analytique. Michael, réalisé par Antoine Fuqua, essaie de rester exactement au milieu. Le résultat est cependant plus proche de la première que de la seconde option.
Le film retrace une partie de la parabole artistique de Jackson : de ses débuts avec les Jackson 5 dans les années 60 jusqu'à l'apogée du succès avec le Bad World Tour. Le roi de la pop est interprété par Juliano Valdi et surtout Jaafar Jackson, qui s'avère étonnamment juste. D'un point de vue visuel, il n'y a pas grand chose à dire : le film est inattaquable. La reconstruction est obsessionnelle, presque philologique. Tout, de la chorégraphie, aux costumes, en passant par les mouvements, est reproduit avec une précision qui confine au mimétisme. Valdi et Jackson ne jouent pas Michael, ils l'incarnent. Et il en va de même pour les séquences les plus emblématiques : le moonwalk au Motown 25, l'incident du Pepsi, le clip vidéo Thriller recréé dans les lieux originaux. On perçoit à chaque instant le dévouement authentique de l'équipe de professionnels (des chorégraphes Rich + Tone au maquilleur Bill Corso) qui a donné vie au film, composée également de personnes qui ont vraiment connu Jackson et qui étaient désireuses d'honorer à la fois l'icône et l'homme. Mais c’est précisément ici qu’apparaît la plus grande limite du film, sur laquelle nous reviendrons dans un instant.
Tout d'abord, il est bon de se concentrer sur la constellation de figures fondamentales qui gravitent autour du protagoniste : le garde du corps historique et ami Billy Bray (KeiLyn Durrel Jones), le producteur Quincy Jones (Kendrick Sampson), l'avocat John Branca (Miles Teller). La longue expérience du thriller et du drame d'Antoine Fuqua et du scénariste John Logan se manifeste avant tout dans la figure de Joe Jackson, incarné par un Colman Domingo glacial. C’est précisément là, dans la relation père-fils, que le film devient le récit d’une éducation marquée par la peur et le contrôle constant. Cette relation toxique est le véritable cœur du film et Domingo's Joe est un personnage féroce et manipulateur obsédé par la division manichéenne entre gagnants et perdants. Un seul regard de sa part suffit à restituer la terreur qui a dû accompagner l'enfance de Michael, transformant le talent en cage.
Plus que les excuses d'une pop star, Michel c'est l'histoire d'une blessure qui n'a jamais guéri, car Jackson n'a jamais vraiment réussi à échapper à cette enfance douloureuse. Et le film le suggère clairement en montrant l'attachement de l'artiste à un monde d'évasion, ou la vanité naïve qui passe aussi par la transformation du corps par la chirurgie. Ce n'est pas un hasard si le biopic se termine par Bad. Un tube qui, plus que célébrer la rébellion, parle d'identité, de pression sociale et de besoin d'affirmation. 'Mauvais' ne signifie pas être mauvais, mais être assez fort pour ne pas se plier au jugement des autres ou se trahir. Et c’est exactement le conflit qui traverse tout le film : image contre identité. Michael qui tente de définir qui il est sous le regard constant du monde et, surtout, de ce père violent et tyrannique.

Mais le problème est autre. Micheldisait-on, était un projet très dangereux et plein de pièges dans lesquels il tombait en partie. La grandeur de l'artiste ne réside pas dans sa perfection, mais dans son caractère profondément humain, contradictoire et fragile. C'est précisément pour cette raison qu'il méritait une histoire complète, capable d'embrasser même ses zones d'ombre, et de ne pas le réduire à une icône angélique, brillante et irréprochable. Au lieu de cela, le film ne se salit pas les mains. Il préfère le récit édifiant à la complexité : tout est adouci par un récit plein de slogans et de moments construits pour exciter, sans jamais couler le punch. Et il ne s’agit pas de s’attarder sur le morbide ou le déjà connu, mais d’édulcorer les fissures qui ont contribué à définir l’homme derrière le mythe. Et c’est une énorme limitation.
Ce refuge émotionnel que l'artiste construit entre une imagerie à la Disney et des animaux exotiques à câliner est la tentative de combler un vide jamais résolu, à la poursuite d'un idéal de lui-même de plus en plus éloigné de la réalité. Au fur et à mesure que Michael s'impose, sa musique devient une catharsis personnelle et une mythopée collective, mais aussi un miroir de ses insécurités. Le problème est que cette intuition s’arrête à un pas avant de devenir véritablement matière narrative. Michel il reste ainsi un film esthétiquement impeccable, mais inévitablement conditionné par un processus trouble (amorcé en 2019 et marqué par des reports, des réécritures et des tournages supplémentaires) et par une approche trop prudente. Ce qui reste est un spectacle puissant et passionnant. Mais aussi le sentiment qu’on aurait pu oser davantage. Que derrière la légende se cache une histoire plus contradictoire et plus vraie. Et que le film, bien qu’effleuré, a choisi de ne pas le raconter dans son intégralité.