Après l’extraordinaire succès de Drive my car qui l’a conduit à la victoire aux Oscars, le réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi revient avec Evil Does Not Exist, présenté en compétition à la Mostra de Venise. La critique de Mauro Donzelli.
La nature et sa pureté immuable contrastent avec la frénésie régénératrice urbaine. C’est cette tension constante qui crée le fil émotionnel, tour à tour évident et inquiétant, du retour des Japonais. Ryûsuke Hamaguchi après l’extraordinaire succès de Conduire ma voiture. Le mal n’existe pas, un titre qui fait référence à des concepts absolus tels que le bien et le mal, est né comme un court métrage accompagné d’un orchestre live et est devenu une histoire à part entière. Un film de près de deux heures dans lequel la musique rythme les chapitres de l’histoire, accompagnée d’images de la nature boisée d’une zone rurale non loin de Tokyo.
Takumi et sa fille Hana vivent un voyage, Mizubiki, comme les générations de leur famille avant eux. C’est une vie marquée par les rimes de la nature, même si la mégalopole japonaise fait sentir sa présence/absence. Une vie simple dans laquelle la sagesse de l’expérience a perfectionné la connaissance presque arbre par arbre de l’environnement autour de leur chalet. Selon le manuel, cette idylle menace d’être bouleversée par le projet d’un glamping – camping de luxe à la mode ces dernières années – près de la maison de Takumi.. Une opportunité pour les excursionnistes venant de la capitale de vivre une expérience d’immersion dans la nature, rapidement et sans trop d’effort. Le concept « habituel » de s’évader dans la nature, mais sans avoir consulté la nature à ce sujet. C’est du moins ainsi que le formule Hamaguchi, qui construit de main de maître une rencontre entre deux envoyés de l’entreprise qui planifie l’investissement et quelques habitants, dont évidemment « notre » Takumi.
Un exercice de pragmatisme qui, en quelques minutes, banalise et, dans certains cas, ridiculise toute la configuration « idéale » du nouveau quartier. L’étude réalisée pour vanter un impact nul sur le territoire semble tellement farfelue Attention, le plan inverse des habitants montre à quel point les ressources en eau seraient mises en danger si le projet était achevé.. Bref, émerge le gouffre qui différencie deux modes de vie, mais aussi deux variantes du Japon lui-même.. De plus, le réalisateur n’est pas étranger à l’interaction entre ville et ruralité, comme en témoigne la fuite du protagoniste de Conduire ma voiture.
Le mal n’existe pas il se développe avec un style pianistique, alternant musique insistante et contrepoids du silence absolu de la nature, brisé seulement par des bruits codifiés provoqués par les mêmes gestes, dynamiques et habitants depuis des décennies, voire des siècles. Cela laisse parfois place à des moments d’éclairs ironiques, alors qu’un équilibre entre les deux mondes semble possible, grâce au rapprochement des deux inconnus, conquis par la « vie dans les bois ». Mais voici le cas, ce destin qui rappelle aux distraits comment le fameux battement d’ailes d’un papillon peut bouleverser à des milliers de kilomètres, sans parler d’une si courte distance. Fièrement antimoderniste, le film nous met soudain face aux risques collatéraux de l’effondrement de ce micro univers, car la vie, outre le développement écologique, peut être bouleversée par le déclenchement d’un mécanisme en chaîne, même sans le vouloir. Au-delà du bien ou du mal.