Le secret de la revue Liberato

En partie documentaire, en partie anime qui raconte une histoire d'origine, en partie film de concert et en partie dans les coulisses. Il y a beaucoup d'âmes dans ce film vital et agité : surtout la capacité de refléter l'âme et l'idée de ce mystérieux musicien masqué, et de sa ville. La critique du Secret du Liberato de Federico Gironi.

Naples, l'amour romantique, le mystère de l'anonymat. Un projet artistique qui dépasse la musique, confine à la performance situationniste, répudie le culte de la personnalité à une époque où le narcissisme règne en maître.
Il y a tout ce qui est et représente le phénomène Liberato dans ce film réalisé à plusieurs mains: Francesco Lettieri, bien sûr, mais aussi Giorgio Testi, et aussi Giuseppe Squillaci et LRNZ, alias Lorenzo Ceccotti pour les – très belles – parties animées. Un film presque collectif pour raconter un projet tout aussi collectif, horizontal, largement diffusé.. Quelque chose qui nous rappelle une famille, en quelque sorte. pouquoi le lien humain, dans son essence la plus simple et la plus immédiate – celle de l'amitié, de l'amour, d'une vie quotidienne dépourvue des superstructures de la célébrité ou du succès – est ce qui ressort avec force du Secret du Liberato.

Il y a tellement d'énergie, tellement de vitalité dans ce film qui, au fond, est un documentaire, mais qui est subverti, délabré, contaminé par le désir d'être bien d'autres choses. Film de concert, peut-être, coulisses aussi. Histoire d'origine, même, dans cette partie de l'animation d'une grande qualité esthétique et narrative, et donc évidemment inspirée de la tradition japonaise.qui raconte comment un garçon qui aimait le carnaval et qui ne comprenait pas pourquoi on ne pouvait pas toujours être masqué, et qui grâce à son grand-père découvre la musique, deviendra Liberato, en passant par ses années de lycée, ses premières expériences musicales, des expériences pas toujours heureuses à l'étranger, et surtout une (belle) histoire d'amour qui marque leur parcours et leur existence, et qui finit aussi par émouvoir nous spectateurs.

Que l’histoire racontée par le film soit vraie importe peu. De même qu’il importe peu que des indices apparemment petits et fugaces disséminés tout au long du film permettent ou non de construire une hypothèse sur l’identité de cet artiste.
Il importe que, comme les parties plus purement documentaires et comme la musique de Liberato, elle réussisse exprimer et transmettre une idée avec force et précision. L'idée de Liberato et sa musique. L'idée d'une Naples qui part de la tradition (même du cliché) pour aller à la rencontre du monde, du futur, de la transformation de soi-même. L'idée d'un romantisme et d'un sentiment sincères et directs, capables d'impliquer et de captiver. L’idée de pouvoir mener une vie normale et simple parmi les gens, même lorsque les stades se remplissent.

Comme toujours, quand on parle de Naples, le lien avec la ville est fondamental. Ce n'est pas un hasard si au panthéon de la chambre du jeune Liberato, les casques Daft Punk sont associés au masque de Pulcinella, tandis que Diego Armando Maradona et Pino Daniele sont sur les affiches en train de regarder.
La capacité de Liberato à élaborer la tradition napolitaine, à la dépasser et à la confirmer en même temps, a sans aucun doute joué un rôle fondamental dans la renaissance de la ville napolitaine. Une ville que pourtant cet artiste mystérieux – qui à la fin du film s'adresse directement au spectateur en lui parlant de secrets – continue de vouloir voir dans son essence la plus sincère et la plus profonde : celle qui se cache sous les apéritifs, les visites et les pièges à touristes, les gloses folkloriques (ou peut-être les concerts et les masques), et qui se retrouve plutôt dans la mer, dans les amitiés, dans les choses simples de la vie.
Le secret de Liberato est donc finalement celui-ci : trouver la liberté dans l'anonymat, se libérer des superstructures en les pliant à ses propres besoins, rejeter les règles imposées. Un peu à l'image de ce film qui lui est dédié, et sur lequel son adhésion artistique et existentielle est évidente, immanente.