Soderbergh revient pour diriger Channing Tatum en tant qu’ancien strip-teaseur (très réduit) Mike. Ironique, amusé, très libre comme toujours, il fait de Magic Mike – The Last Dance un conte féministe et romantique, une sorte de My Fair Lady à l’envers, où être prof. Higgings est une Salma Hayek explosive, c’est le moins qu’on puisse dire. Revue par Federico Gironi.
Comme c’est intelligent, Steven Soderbergh. Et à quel point Steven Soderbergh est intelligent.
Je dirais aussi, et peut-être surtout : à quel point Steven Soderbergh est bon.
Après avoir laissé – en partie, en partie – la réalisation du deuxième film entre les mains d’autres, il revient derrière la caméra et clôt la trilogie Magic Mike de la manière la plus spectaculaire, drôle, exagérée et romantique possible.
Assez parlé du rêve américain, assez pensé au capitalisme du corps, à le faire sans trop d’efforts avec la danse et le sexe (c’est un peu la même chose), au revanchisme prolétarien et fébrile du samedi soir. La fermeture doit être conclue en beauté, en mettant de côté le porte-monnaie et en ne laissant parler que le cœur : le sentiment.
Ce n’est pas un hasard si l’Amérique est laissée pour compte, et le très physique Mike de Channing Tatumque l’on retrouve mi-temps barmaid à Miami, s’envole pour l’Angleterre avec Maxandra Mendoza, très riche par alliance et très galbée (comme dans la vie son interprète est Salma Hayek Pinault), qui devient son professeur Higgings, en un sens, au sens d’un Ma belle dame renversé et renversé. Le Londres chic de Maxandra est également bouleversé avec l’arrivée de Mike. Car si avec sa dernière (ou avant-dernière) danse Mike a bouleversé la vie de la femme, ravivant en elle le feu d’une passion artistique et vitale, l’Américain à Londres a un effet disruptif. Et presque toujours bénéfique.
Qu’est-ce que c’est alors Magic Mike – La dernière danse? C’est un conte de fées romantique, le conte de fées romantique dont nous avons besoin aujourd’hui. Un conte de fées qui nous parle de liberté, de liberté de sentiment, et comment il est temps d’en dire assez à la commodité, à l’opportunité qui devient opportunisme, à une conservation du bien-être, du statu quo, des sécurités matérielles qui deviennent chaînes et qui conduisent à l’involution.
Mike, fort de la liberté de ceux qui n’ont rien à perdre et plein de passion, la vie de Maxandra la change vraiment, et radicalement, à l’extrême. Mike, avec la danse et avec sa liberté, lui ouvre les yeux et l’emmène vers le futur.

Que dire alors, et bien voyez, de ces films construits (aussi) à table pour l’usage et la consommation d’un public féminin (et homosexuel), avec leur étalage aveugle et mortifiant, pour nous mortels, de pectoraux, d’abdos, de dos etc. sur , Magic Mike – La dernière danse est la plus sincèrement et radicalement féministe des trois de la série.
Celui qui loue vraiment le libération du désir fémininoù le désir n’est pas seulement celui – bien que sacro-saint – sexuel, mais aussi celui de vivre sa vie sans se contenter du moindre pire, ou avec ce que passe le couvent, mais en poursuivant toujours ce que l’on veut vraiment.

Söderbergh il s’amuse beaucoup, et ça se voit, alternant des moments de grand raffinement technique avec d’autres où l’on apparaît presque volontairement bâclé et désintéressé, pour ensuite renverser (et multiplier) à nouveau les perspectives ; jouer avec des avant-gardes déconcertantes quand on s’y attend le moins ; faire parler (très bien) ses personnages avec les corps au moins autant qu’avec les mots.
Et, souvent, quels mots, puisque dans le film il y a des blagues vraiment drôles et des échanges de baute, dont la plupart sont mis dans la bouche de Victor (Ayub Khan-Din), le majordome de Maxandra, personnage d’anthologie, parodique mais aussi capable de confirmer un stéréotype positif.

Cependant, avec tout le respect que je dois à Victor et à la fille de Maxandra, Zadie (Jemelia Georgesorte de Daria un peu moins cynique), dans Magic Mike – The Last Dance Eux seuls comptent, Mike et Max. Le film est à eux, et eux seuls, car eux seuls, bien qu’universels, sont l’histoire.
Söderbergh il sait, il sait aussi qui il a à sa disposition, et le laisse libre de s’amuser et de donner libre cours à ce qu’ils font de mieux, toujours travailler. pouquoi Channing Tatumà la présence indéniable, et à la beauté indéniable, s’ajoute une sympathie plutôt superficielle, et cette façon d’agir quelque peu sournoise, mais vive et pragmatique qui se démarque encore plus dans le contexte du formalisme britannique rigide, tandis que Salma Hayek elle est explosive dans un rôle exagéré, névrosée, sensuelle, mais aussi fragile et gentiment séductrice.
Bref : il y a les acteurs, il y a un metteur en scène, il y a les bons thèmes, des numéros de danse incroyables et tout est toujours très léger et encore plus amusant. Je ne pense pas qu’on puisse se plaindre.