Christopher Nolan raconte une fois de plus l'histoire d'un homme brillant qui change le monde avec une idée et qui, seulement après avoir atteint son objectif, comprend le poids des conséquences que cette même idée continuera d'avoir sur l'histoire.
Deux protagonistes très éloignés, mais construits sur le même modèle
Il existe des différences évidentes entre Oppenheimer et Odyssey. Le premier est un biopic historique se déroulant au XXe siècle, le second un blockbuster basé sur le poème d'Homère. L’un raconte la naissance de la bombe atomique, l’autre le voyage d’Ulysse après la guerre de Troie.
Pourtant, sous la surface, les deux protagonistes suivent un chemin étonnamment similaire.
Tous deux sont des hommes extraordinairement intelligents qui parviennent à trouver la solution à un conflit apparemment insoluble. Tous deux mettent leur ingéniosité au service d’une guerre convaincus de pouvoir atteindre un objectif précis. Et ils découvrent tous deux trop tard que leur véritable héritage ne sera pas la victoire qu’ils ont remportée, mais l’idée qu’ils ont présentée au monde.
Le cheval de Troie et la bombe atomique : deux inventions qui ont changé l'histoire
Dans Oppenheimer, le protagoniste construit la bombe atomique dans le but de mettre fin à la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est qu'après le test Trinity et les explosions d'Hiroshima et de Nagasaki qu'il comprend que son invention a changé à jamais l'équilibre de la planète.
Dans l’Odyssée, Ulysse parvient à une réalisation très similaire.
Son idée du cheval de Troie permet aux Achéens de conquérir enfin la ville après dix ans de siège, mais elle introduit aussi quelque chose qui jusqu'alors n'avait jamais joué un rôle central dans la guerre : la tromperie transformée en arme.
Dans le monde grec existait la loi sacrée de l'hospitalité protégée par Zeus. L'étranger était accueilli, nourri et respecté, tandis que les cadeaux représentaient un symbole de confiance mutuelle.
Le cheval de Troie renverse complètement ce principe. Il se présente comme une offrande dédiée à Athéna, mais à l'intérieur se cachent les guerriers achéens destinés à détruire la ville. À partir de ce moment, même un don peut devenir un instrument de mort.
La véritable obsession de Christopher Nolan : les conséquences
Le réalisateur est certes fasciné par les personnages extraordinaires, mais son intérêt se porte avant tout sur le moment où ces protagonistes prennent conscience des conséquences de leurs actes.
Chez Oppenheimer, ce moment survient lorsque le physicien se rend compte que sa découverte continuera à influencer le monde bien au-delà de la fin de la guerre.
Dans l’Odyssée, cette prise de conscience émerge déjà lorsqu’Ulysse observe Troie engloutie par les flammes. La victoire est désormais acquise, mais sur son visage on peut déjà lire le poids de ceux qui comprennent que le monde qui vient de naître de leurs idées ne pourra jamais revenir à ce qu'il était avant.
Odyssée et Oppenheimer : les deux faces d'une même réflexion
C’est pour cette raison que l’Odyssée peut être lue presque comme l’achèvement idéal d’Oppenheimer.
Dans les deux films, Christopher Nolan raconte l'histoire d'hommes qui atteignent leur objectif grâce à une intuition destinée à changer l'histoire. Le succès coïncide avec le début d’une responsabilité qu’aucune victoire ne peut effacer. Ce qui continue de les hanter n’est pas la guerre elle-même, mais le fait de savoir qu’ils ont introduit dans le monde quelque chose qui continuera à avoir des conséquences longtemps après leur existence.
C'est une réflexion qui traverse deux époques très éloignées l'une de l'autre et qui démontre comment, dans le cinéma de Christopher Nolan, le véritable protagoniste n'est pas seulement le génie, mais le poids que toute grande idée laisse sur les épaules de ceux qui l'ont conçue.