Pillion, la critique de la surprenante comédie érotique et romantique sur la soumission

Au-delà des conventions mais empreint avec goût de l'atmosphère d'une comédie romantique mélancolique et troublante, Pillion s'aventure dans une dimension sexuelle entre maître et esclave, désir et besoin d'être aimé. Critique de Mauro Donzelli sur le premier travail de Harry Lighton.

Peut-on vivre pleinement si l'on reste assis sur la banquette arrière d'une moto, sans prendre le vent dans le visage et la pleine vitesse, avec les risques et les sensations associées de prendre le contrôle, évidemment de notre vie, bien plus que de la moto en question ? En fin de compte, c'est exactement ce que raconte ce début surprenant, très tendre et drôle de Harry Lighton. Et le titre, Pillion, nous aide à le comprendre, puisqu'il peut se traduire par le siège passager légèrement surélevé d'une moto, mais aussi – en jargon – le rôle d'esclave par rapport à son maître dans une relation BDSM. Dans cette comédie romantique et érotique, qui ne juge ni ne gaspille les détails, surgit l'histoire d'un jeune homosexuel timide de la banlieue de Londres qui recherche le plaisir sexuel, en utilisant sa particulière « propension au dévouement ». Après tout, comme il le rappelle lui-même après avoir pratiqué maladroitement la fellation dans une ruelle la nuit, « je suppose que comme toute chose, on s'améliore avec la pratique ».

Première œuvre et ode à la découverte de soi, elle est empreinte d'humour naturel et de tendresse mélancolique en mettant au premier plan le visage et la solitude d'un acteur aux yeux creux et rapprochés et aux oreilles décollées, un visage à travers lequel passe tout un univers émotionnel, sans avoir besoin de beaucoup de mots. Celui de Harry Melling, dans lequel vous pourrez reconnaître, peut-être avec une pointe de gêne, le Dudley Dursley de la saga Harry Potter. Bref, le bon acteur pour Colin, timide et introverti, sorte de « trafic assistant » qui reçoit des insultes tout en donnant des amendes à des Londoniens toujours pressés. Un soir, il rencontre le silencieux et très cool Ray, le mâle alpha lui-même, chef d'un groupe de motards incarné à la perfection par Alexander Skarsgård. Deux contraires, donc parfaits pour une relation BDSM entre un maître et l'apprenti esclave performeur Colin, poussé enfin à rechercher une relation par ses très doux parents.

Ce sera le point de départ d’une histoire globale et surprenante de sexe et d’amour. Le cliché exigerait de terminer la phrase par un joli « ils changeront leur vie pour toujours ». Mais en réalité ici c'est Colin qui aborde avec la candeur du novice le monde rude et très codifié des motards de rue, partagés dans leur cas entre maîtres et soumis. Ray ne pense pas du tout à devenir autre chose. Si l'histoire est libre de jugements et ne se soucie pas des archétypes codifiés de l'histoire du genre rom com, elle entretient l'empathie pour les protagonistes, dans une expérience qui apparaît, pour Colin, alternativement le premier pas vers une libération du quotidien encore familial jusqu'à la pleine expression de soi, et une nouvelle prison codifiée par les règles rigides d'une relation et d'un rôle comme celui qu'il assume, avec toute la bonne volonté et le désir de plaire et d'apprendre.

Pillion reste audacieux mais plein de grâce, il ne veut pas imposer une morale existentielle en quelques leçons, mais suit deux quotidiens réglés par une répétitivité granitique qui se rencontrent et risquent lentement d'exploser, et représentent finalement deux points de départ assez proches, codifiés, bien qu'apparaissant si éloignés. La différence sera le point d’arrivée, la capacité de se mesurer aux autres, sans rien attendre d’autre que d’obtenir le meilleur. Ou tout simplement, ne sous-estimez pas la douce commodité d’un plug anal.