Dans Wuthering Heights d'Emerald Fennell, la couleur devient une véritable grammaire émotionnelle. Les costumes de Cathy rendent visibles ses conflits internes. En noir, rouge et blanc, le film emmène le spectateur dans les sentiments du protagoniste, même lorsqu'il ne peut ou ne veut les exprimer avec des mots.
La signification des couleurs
Le rouge est la couleur de l’excès. Au cinéma, il a toujours été associé à la passion, à la colère, au désir et à la violence. Dans Wuthering Heights, il apparaît dans les moments de plus grande intensité émotionnelle, lorsque Cathy est traversée par des pulsions qu'elle ne peut contrôler. Le rouge entraîne toujours une fracture, une explosion qui brise l'équilibre de la scène.
White accompagne plutôt les tentatives de Cathy de s'insérer dans un ordre qui ne lui appartient pas vraiment. C'est une couleur qui suggère la pureté et l'idéalisation, mais aussi l'exposition et la vulnérabilité. Dans les moments où elle s'habille en blanc, Cathy semble chercher un rôle, une stabilité qui reste pourtant fragile, presque illusoire.
Enfin, le noir est l'immobilité. C'est la couleur de la rigidité, du blocage émotionnel. Lorsque les costumes deviennent plus structurés et rigides, il en va de même pour les coiffures, de plus en plus contrôlées et sculptées. Visuellement, le film nous dit que Cathy n'explore plus qui elle pourrait être, mais commence à se laisser piéger par une image.
Cathy comme une icône, pas comme un personnage historique
La costumière Jacqueline Durran fait de Cathy une icône du cinéma et non une femme du XIXe siècle. Les références sont déclarées et extrêmement suggestives.
Dans les costumes plus structurés, la référence à Autant en emporte le vent et Scarlett O'Hara apparaît : le corps sculpté par le corset, la souffrance physique qui s'intègre à la mise en scène, la femme transformée en image. Ce n'est pas un hasard si l'affiche du film dialogue elle aussi ouvertement avec cette iconographie.
Ensuite, il y a la référence à Sissi, l'impératrice jouée par Romy Schneider. La robe de mariée de Cathy rappelle cette idée de beauté monumentale et rigide, plus proche d'un portrait que d'une personne vivante. Une beauté qui arrête le temps et immobilise le personnage.
A côté de ces modèles classiques entrent des suggestions encore plus artificielles et théâtrales : la Petal Dress de Charles James, la couture vintage et les influences de Mugler, notamment dans la célèbre robe « gift box », dans laquelle Cathy devient littéralement un objet offert à son mari. C'est entre autres le seul costume qui n'est ni noir, ni blanc, ni rouge, justement parce qu'il a une signification qui dépasse les sentiments de Cathy.
Quand les couleurs envahissent les espaces
Le choix chromatique ne se limite pas aux costumes, mais déborde sur les environnements. Wuthering Heights est dominé par des tons sombres, des surfaces humides et des couleurs boueuses. La maison semble toujours humide, instable, comme si la lande y pénétrait physiquement. Ici, l'intérieur et l'extérieur se confondent et le conflit émotionnel devient partie intégrante du paysage.
Thrushcross Grange, en revanche, est construit sur des couleurs complètes, presque artificielles. Le rouge explose dans les étages et les couloirs, mais ce n'est pas un instinct : c'est un contrôle. L'espace reproduit la même grammaire chromatique des costumes de Cathy, se transformant en prison esthétique.
Dans Wuthering Heights, chaque détail, des costumes aux coiffures, du maquillage aux décors, est conçu pour laisser le langage visuel parler au moins autant que l'intrigue. Emerald Fennell choisit de raconter la passion, le conflit et l'amour tourmenté entre Cathy et Heathcliff d'abord à travers leur regard et ensuite seulement à travers les mots. Un amour qui ne s’explique pas, mais qui peut être ressenti.