Quelqu’un là-bas m’aime

Présenté hors compétition à la Berlinale 2023, Martone est un film intelligent et émouvant, qui part de prémisses critiques sur l’auteur Troisi pour dresser un portrait humain empreint de respect. Revue par Federico Gironi.

Plus qu’un avis. Il y a peu à dire ici : il a déjà tout dit Mario Martone. Martone qui, dans ce film qui est plus qu’un simple documentairefait – très bien – le travail que font ou devraient faire les critiques, au risque de les priver du peu de travail qu’ils ont déjà. Raconter Massimo Troisi avec l’intelligence analytique du critique Martone, la passion du cinéphile Martone, la capacité du réalisateur Martone.
Quelqu’un là-bas m’aime ce n’est pas (ou pas seulement) le documentaire classique qui rend hommage à la grande figure du monde du cinéma qui n’existe plus, mais c’est surtout – et ce n’est pas un hasard si c’est ainsi que ça commence, d’ailleurs ouvertement – un film dans lequel Marton il veut exposer et prouver à tous la justesse de sa thèse.
La thèse selon laquelle Troisi n’était pas seulement un comédien redoutable, et un très bon acteur tout court – comme il l’ajoute judicieusement Paolo Sorrentinol’un de ceux que Martone voulait converser sur Troisi avec lui à l’écran – mais un grand réalisateur.
Mieux: un grand auteur, capable d’en être un même lorsque, comme cela s’est produit, Troisi des films qui l’ont vu comme protagoniste n’était pas aussi réalisateur.
Au final, la partie initiale suffirait à déterminer la valeur de Quelqu’un là-bas m’aime. Il suffirait de dire à l’intuition de Marton – déjà Ghezzian, peut-être, mais là n’est pas la question – de réunit Massimo Troisi et François Truffaut.
Et il suffirait de voir comment Martone, en le traduisant en film, en juxtaposant images à images, fait de son documentaire un véritable essai vidéo.

L’auteur, Massimo Troisi, l’était sans aucun doute. Tout comme il était un grand comédien, et un personnage lunaire capable d’incarner – comment Chaplinmêlant comédie et tragédie, rire et mélancolie – les angoisses, les défis, les transformations et les désarrois d’une génération, et même d’une ville qui racontait, en un certain sens, ne la racontait pas.
Martone reprend les films de Troisi, de là son personnage, puis sa vie. Visitez les lieux de sa jeunesse, parlez à Anna Pavignano, qui était le compagnon de vie et de travail de Troisi, et qui ouvre l’archive de ses souvenirs et de ses papiers au film. Dialoguez avec vos collègues et amis comme Sorrente, Ficarra et Piconec’est un François Petit qui raconte l’identification profonde et passionnante que l’on ressentait alors, à cet âge et en ces lieux, avec les Troisi de l’écran (lui, Piccolo, qui a encore aujourd’hui des éclairs de troisisme assez évidents dans sa production littéraire et cinématographique), et qui met en évidence l’une des caractéristiques les plus évidentes et les plus importantes : celle d’un fragilité qui, cependant, n’a jamais gêné une détermination presque provocante à être libre et jamais enclin à quoi que ce soit ni à personne.

Marton, dans un film dont il est l’enjeu dès la première minute, il ne se cache pas. Au contraire, il se met ouvertement en scène, sans toutefois jamais la voler, cette scène, à son grand protagoniste (dont il respecte pourtant le caractère timide, et l’envie qu’il avait de cacher, presque, dans les replis de ses propres films ) ni des autres acteurs de soutien qui apparaissent dans le film.
La présence du réalisateur à l’écran, et dans les mots qui accompagnent les images, sont le fil qui tient ensemble la réflexion et l’hommage, l’analyse et le sentiment, la chronique et la passion. Nous partons des origines, et d’une hypothèse critique, et continuons chronologiquement vers l’avant, pour le démontrer mais pas seulement, en profitant de Troisi l’art et (donc) l’humanité ensemble, le talent et la maladie, réussissant à faire rire aux larmes autant qu’à faire jaillir ces mêmes larmes, grâce à la capacité de se déplacer d’une manière toujours posée, modeste, jamais banale ou effrontée.
Même lorsque le dernier chapitre de Troisi est confronté, cela Facteur qu’il voulait obstinément terminer avant de devoir laisser son cœur fatigué et malade se reposer pour toujours.