Revue arcadienne

Ce film réalisé par Benjamin Brewer est disponible en streaming sur Prime Video et met en vedette Cage dans le rôle d'un père déterminé à défendre ses deux fils adolescents contre les créatures effrayantes qui ont colonisé la planète. La critique d'Arcadian par Federico Gironi.

Quel étrange film cet Arcadien. Un film qui parle de monstres et de (post)apocalypse, mais finalement c'est un drame intime et familial centré sur la relation entre deux frères. Un film qui arbore le drapeau Nicolas Cage en tant que protagoniste, mais le maintient ensuite hors de combat pendant au moins la moitié de sa durée d'exécution. Un film tourné avec une caméra portative quasiment ininterrompue, comme dans un film de Dardenne, et avec le design de créature le plus original et fou de ces dernières années.

L’histoire est pleine d’omissions délibérées : qu’est-ce qui a déclenché la catastrophe qui a mis l’humanité dans une impasse ? Un cataclysme climato-environnemental ? Des révoltes sociales ? Une invasion extraterrestre ? Ce n'est pas clair.
Ce qui est clair, c'est que quelque part dans les bois d'Irlande, dans une vieille maison délabrée, ils vivent Nicolas Cage avec ses deux fils adolescents, deux garçons qui n'ont jamais connu d'autre réalité que celle de l'après-apocalypse. Pendant la journée, comme de petits groupes d’humains, ils travaillent pour leur survie ; quand le soleil se couche, ils se barricadent à l'intérieur de la maison, barrant les portes et les fenêtres, car quand il fait sombre dehors, des créatures mortelles sortent de leurs antres, avec une forme indéfinissable mais avec des griffes très acérées. Extraterrestre? Des mutations ? Nous ne le savons pas. Ce n'est pas important.

Cela n'a pas d'importance non plus car, en fin de compte, l'action et la tension sont réduites au minimum pour un film qui pourtant est de genre. Ce qui compte, c'est que les deux fils de Nic Cage, Thomas et Joseph (Maxwell Jenkins Et Jaeden Martell, notez les noms, car ils sont vraiment remarquables), vivez un lien fait de grande affection mais aussi de petites tensions et de moyennes jalousies. Le premier est un peu irresponsable, tardif (avec tous les risques que cela comporte), et est attiré par une belle paire d'une ferme voisine (Sadie Soverall) avant tout le reste ; le second est précis, responsable, un grand lecteur d'une grande intelligence capable d'inventer des choses impensables.
Il va sans dire que Thomas va causer des ennuis à la famille, fera presque tuer son père et Joseph devra sauver la situation. Et que Thomas trouvera le moyen de se faire pardonner.

Les différences caractérielles et psychologiques entre ces deux garçons, et leurs frictions ainsi que leurs rapprochements, sont ce qu'il y a de plus réussi et de plus réfléchi dans ce film, qui même lorsqu'il se propose de faire monter le niveau de tension, réussit de manière efficace et originale. . Et le fait que l’évidence rime souvent avec l’inattendudans Arcadienparvient à garder votre attention élevée.
Les apparitions des monstres, quand au bout d'un moment ils se révèlent dans leur aspect bizarre et multiforme, poussent alors le film vers ces moments qui, pour citer Moretti qui cite les langages contemporains, sont pleinement c'est quoi ce bordel (sans spoiler, on évoque les sons qu'ils produisent et comment ils sont produits, et certaines dynamiques de mouvements tout droit sorties d'on ne sait quel dessin animé lysergique).

Soi Cage – ici, il s'agit bien d'un personnage presque secondaire, et non du véritable protagoniste – dans la première partie du film, il est maîtrisé, puis reste longtemps inconscient, il récupère (dans tous les sens du terme) à la fin, là où il donne quelques éclairs et fait ressortir ce personnage des poches de la salopette dur à cuire qu'il porte toujours avec lui : parce que c'est ce qu'on attend de lui, et parce que c'est ce qu'il aime faire.