Les cinémas et les services de streaming regorgent de films comme celui-ci. Mais, loin d’être quelque chose d’incontournable et d’innovant, Ballerina présente quelques particularités qui peuvent la rendre agréable à regarder, du moins pour certains. Surtout, le protagoniste : Jeon Jong-seo.
Les cinémas et les services de streaming regorgent de films comme celui-ci. Des films avec des protagonistes mortels et avec des vengeances sanglantes à réaliser. Grâce à l’extraordinaire succès de John Wick et semblables, certes, qui ont aussi contribué à imposer non seulement un genre, mais aussi une esthétique. Mais il faut aussi rappeler que le thème de la vengeance, à l’Est, et notamment en Corée, a été poursuivi avec une certaine cohérence depuis le début des années 2000, grâce à la trilogie de Park Chan-wook (mais pas seulement).
Bref, il n’est pas surprenant aujourd’hui que Netflix proposer un film comme Danseuroù se trouve le protagoniste habituel et mortel (un garde du corps professionnel) qui mène la vengeance sanglante habituelle dans le contexte d’un film avec une violence hyperréaliste, des couleurs hyper-saturées et la prédominance des néons.
Passer à autre chose et passer à autre chose alors ? Enfin, pas si tôt, peut-être.
Loin d’être quelque chose d’incontournable et d’innovant, Ballerina présente quelques particularités qui peuvent la rendre agréable à regarder, du moins pour certains.
Tout d’abord, le protagoniste du film est Jeon Jong Seo. Si vous faites partie de ceux – chanceux ou prévoyants selon les cas – qui ont vu la belle Brûlant de Lee Chang-dong, on ne peut s’empêcher de se souvenir d’elle, grâce à un personnage très bien écrit, joué avec intensité et aussi une scène merveilleuse comme celle dansant au coucher du soleil sur les notes de Miles Davis.
Il faut dire que là aussi Danseur la jeune actrice coréenne – qui grâce à Brûlant il avait fait ses débuts au cinéma – ça prouve un talent inné, et la capacité de s’exprimer en tant qu’actrice avec très peu de mots, en utilisant les expressions et le corps pour transmettre des sensations et des humeurs, ainsi qu’un magnétisme tout à fait naturel.
Dans un film stylisé et essentiel (et, Dieu merci, dans le temps aussi : tout s’écoule en 93 minutes agiles) Jeon Jong Seo se déplace avec grâce et charme, soutenant très bien une histoire composée de très peu de mots et de nombreuses actions, très loin – pour donner un exemple simple – du baroque esthétique et narratif de Tuer Boksoonpour citer un titre similaire et compatriote
Soi Lee Chung Hyunréalisateur et scénariste de Ballerina, a l’intelligence de travailler en soustraction – si l’on peut dire celui d’un film de ce genre – sachant qu’il peut s’appuyer sur son protagoniste (avec qui il avait déjà travaillé dans son film précédent, L’appelcelui-là aussi Netflix) pour maintenir la structure, il faut dire aussi que du point de vue de l’écriture elle gère bien un noyau narratif définitivement en phase avec l’époque dans laquelle nous vivons.
À sa manière, à la manière peut-être de films comme Une femme prometteuse, Danseur il est en effet un film féministe, qui parle de fraternité, de rétablissement radical des femmes face à la violence masculine.
Je n’entrerai pas dans les détails, car certains pourraient ne pas vouloir voir l’intrigue du film ruinée, même dans ses détails les plus évidents et sans aucun spoil, mais je me limiterai à dire que la tâche du protagoniste, en Danseurest de venger la mort de sa meilleure amie, qui s’est suicidée parce qu’elle subissait une pression intolérable.
La réalisatrice Lee a le mérite de ne pas faire du féminisme du film un lourd lest idéologique, laissant parler d’elles-mêmes les actions et les réactions, mais surtout celle de obtenir le timing et les rythmes d’un film où l’action joue un rôle peut-être moindre que ce à quoi on pourrait s’attendre, et plus encore une série de choix photographiques et de mise en scène qui rendent Ballerina appréciable d’un point de vue esthétique mais presque jamais esthétisant.
Certains plans notamment (presque tous les plans lointains, mais pas seulement) restent dans l’oeil, quel que soit leur charme. Jeon Jong Seo: et pour un film comme celui-ci, ce n’est peut-être pas rien.