Revue de Hit Man

Richard Linklater raconte l’histoire d’un homme ordinaire, pour ne pas dire banal, qui se fait passer pour un tueur à gages. Hit Man est le titre, mettant en vedette un surprenant Glen Powell et Adria Arjona. Critique de Mauro Donzelli sur le film présenté hors compétition à Venise.

Le point de départ est un article qui raconte l’histoire « vraie » d’un homme ordinaire, disons ordinaire et banal, qui travaillait à temps partiel sous couverture pour la police en tant que faux tueur. Son travail consistait à rencontrer des gens à la recherche de quelqu’un à tuer contre rémunération et à les piéger. Gary Johnson, c’est son nom, quelle que soit la vraie personne, il est l’un des plus beaux personnages que l’on ait jamais vu au cinéma à cette époque. Sa normalité s’exprimait en tant que professeur à l’université, où ses étudiants l’écoutaient avec participation, mais sans souffrir exactement de son charisme particulier. Ce qui à la place Richard Linklater est capable de construire autour de lui un magnifique scénario de comédie noire. Hit Man est amusant et destiné à un large public, tout en étant brillant et pas du tout évident. C’est la démonstration définitive que Linklater n’est pas seulement un auteur « générationnel » ou de niche, mais un véritable maître dans la construction de personnages crédibles capables d’interagir dans un univers jamais banal.

Comme d’habitude – tu vois Avant le lever du soleil et des suites avec Hawke et Delpy – respecte tellement les acteurs qu’il choisit de construire le scénario ensemble, comme il l’a fait en l’occurrence avec Glen Powell (Top Gun : Maverick), extraordinaire chez Clark Kent, des lunettes et une vie frugale et triste, qui aime se faire passer pour un tueur, finissant par devenir un Superman séduisant, et entame une relation avec une femme qui voulait l’embaucher pour tuer son futur ex-mari. D’ailleurs, Adria Arjona (Madison) est l’autre surprise, car les deux sont explosifs à l’écrandémontrant un merveilleuse harmonie et rythmes comiquesscellé dans une séquence culte instantanée dans laquelle ils « agissent » en faveur de la police qui, ignorant leur relation, les intercepte pour une enquête.

Une histoire qui s’inscrit dans des territoires moraux ambigus avec un extrême naturel, se complaît dans la description d’un amour que nous aimerions tous vivre, explosif, sexy, un de ceux qui ont créé l’imaginaire des mauvais garçons du cinéma. C’est aussi une comédie sur l’identité et l’intelligence, magnifiquement écrite et jouée, sans paraître une minute fatiguée ou improbable., alors qu’on est immédiatement captivé par Gary et Madison, au point de suivre leur destin en apnée. Comment ne pas soutenir Gary, enfin éclairé par la lumière de la passion, après une vie plate et sans enthousiasme. Le voir s’épanouir, changer autant et si soudainement, et avec lui le rythme des dialogues et le développement narratif lui-même, est un plaisir absolu. Jusqu’où Ron – le tueur infiltré – parviendra-t-il à enterrer Gary, sérieux et modeste ?

Hit Man, à sa manière, sans prétendre être celui qui en sait beaucoup, mais avec une grande intelligence, nous raconte aussi combien trop souvent nous gaspillons au moins une partie de notre talent, des possibilités de briller dans la vie.. Et puis nous nous soucions beaucoup de Gary et Madison, et nous souhaitons un avenir dans lequel « ils vivront heureux pour toujours ».