Une conférence de scientifiques dans les Alpes suisses au début des années 1960 est le décor d’un film choc de l’Allemand Timm Kröger, La Théorie du tout, entre espionnage de science-fiction et drame historique. La critique du film en compétition à Venise.
Un protagoniste qui apparaît tour à tour comme un génie incompris et un vaniteux charlatan. C’est le point de départ de nombreux films du XXe siècle construits autour de la paranoïa, de l’incompréhension totale d’une idée ou d’un choix de notre héros de la part de son entourage. Ici, nous ne partons pas d’un marché de Marrakech, mais de une image d’idylle complète comme un groupe de professionnels ventrus – on découvre plus tard qu’ils sont physiciens – skiant dans les montagnes suisses. Il y a encore beaucoup de neige, nous sommes dans les années 1960 et le changement climatique n’a pas encore eu d’effet profond, mais en revanche un peu plus de quinze ans se sont écoulés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En parlant de paranoïa et de complots, la Suisse elle-même a été et pourrait encore être un port franc à cet égard. La théorie du tout nous apparaît avec une certaine brutalité, avec un noir et blanc très contrasté, et bientôt on a la sensation que son atmosphère, indéfinie et toujours prête à emprunter des routes imperméables, peut-être en contraste avec les développements narratifs, résume le XXe siècle. siècle bien.
Peut-il y avoir un film centenaire ? Si oui, alors le deuxième ouvrage de l’Allemand Timm Kröger c’est. Il représente le moment de césure entre un monde qui disparaît et un autre qui prend le dessus. Il est inutile de penser à trop rationaliser la vision de ce qui est un voyage expérientiel, capable à certains moments de se délecter d’une des nombreuses citations cinéphiles et ensuite peut-être d’irriter par quelque envolée sonore risquée.. Il ne nous semble pas qu’il se prenne effectivement trop au sérieux, mais il véhicule une dimension humaine et même un peu bâclée, certainement alcoolique, de la physique et de certains physiciens.
Le trentenaire Johannes Leinert il est la porte d’entrée du doctorant dans cet univers, que l’on découvrira plus tard comme une sorte de multivers, confirmant une certaine tendance contemporaine du cinéma d’auteur à répondre avec son propre style à la multiplication des époques et des mondes habités par des variations du genre. mêmes personnages véhicules dans les films de bandes dessinées. On voit le jeune homme avec son tuteur, sceptiques jusqu’à l’irritation quant à son travail, arriver à un congrès de physique dans les Alpes suisses qui s’annonce intéressant. Ne serait-ce que pour le « théorie révolutionnaire de la mécanique quantique» qui devrait annoncer un invité, un scientifique iranien. Prémisse qui nous entraîne parmi les complots et les états plus ou moins exotiques – du moins pour l’époque – de la série d’espionnage Mondadori, Top secret.
Des personnages qui apparaissent et disparaissent, mais ensuite le pauvre Johannes croise leur chemin alors qu’ils « devraient » être morts, un charmant pianiste de jazz dont il tombe amoureux au premier regard, avec un jeu de regards qui laisserait penser à un sentiment réciproque. Il apparaît comme le personnage classique du complot, qui sait ce qui se passe réellement et joue un rôle dans la comédie, ou plutôt bientôt dans la tragédie. Un génie visionnaire, incompris par son professeur, mais en qui croit un vieux scientifique toujours ivre qu’il rencontre, ou un physicien sans même le talent pour terminer son doctorat ? Qui est Johannes, mais surtout qui sont ces personnages qui errent dans la ville de la vallée et dans quelques grottes souterraines ?
Entre science-fiction et espionnage, vintage et très jouissif, La Théorie du Tout est l’un des films les plus bizarres de ces derniers temps, dans lequel Timm Kröger parvient à garder le contrôle des dérapages et des risques, des cauchemars et des faux souvenirs.à la recherche d’un secret caché dans la même montagne qui a vu tant de choses se produire. Paranoïaque et déstabilisant, avec un panache qui lui est propre.