Revue El Condé

Un vampire Pinochet continue de sucer le sang des Chiliens dans El Conde, le film qui marque le retour au pays de Pablo Larrain ainsi qu’en compétition à la Mostra de Venise. La critique de Mauro Donzelli.

Une image. Un prologue idéal pourtant sorti des mois avant le film El Condépour clarifier une fois pour toutes le principe crucial, à partager au plus vite avec les téléspectateurs, avec qui revenir une fois de plus à son obsession, le général Pinochet. Une obsession artistique et personnelle pourtant Pablo Larrain, surtout en tant que Chilien, puis en tant que fils de parents qui étaient tous deux des hommes politiques de haut niveau dans un parti de droite avec des racines au moins idéales dans les années du généralissime au pouvoir. Donc comment le redire, cette fois directement, en mettant en scène l’homme ? Faire de lui un vampirecomme il dit l’imaginer depuis des années, « un être qui n’a jamais cessé de circuler à travers l’histoire, dans nos imaginaires et dans nos cauchemars ».

Il est donc un mort-vivant, et à ce titre il confirme que l’histoire, du moins la sienne, malsaine et maléfique, se répète. Puis il a dû se moquer aussi de la mortalité, après avoir échappé à la justice, continuant sereinement à sucer le sang des Chiliens, encore aujourd’hui « un pays riche de pauvres ». Une allégorie qui devient un postulat éblouissant, matérialise « le monstre » et à travers le genre, la satire aux veines esthétiques d’horreur, le rend inoffensif. Un vieil homme vaniteux assis sur un canapé dans une maison minable et isolée de l’extrême sud du pays, isolé de tous, entouré de sa famille qu’il méritait et soumis à ce processus, sous une forme cinématographique hilarante et souvent implacable, qu’il n’a jamais juste avant.

Après avoir relaté les effets et les luttes pendant et autour de son régime, ainsi que ses conséquences, dans trois films Tony Manero, Post-mortem Et Non, les jours arc-en-cielEt s’éloigner du réalisme qui le rend accessible. Ce n’est plus effrayant, il devient un vampire en crise existentielle qui ne sait pas s’il doit ou non continuer sa vie. en tant que soldat. Il est assis devant la caméra, devant le spectateur, soumis à la torture la plus redoutée de tous, dictateurs ou non : l’affrontement au sein de la famille. Des fils, des filles, des amours ou des alliances, des nouveaux venus prêts à le racheter, très catholiques, histoire de (ne pas) s’occuper de ces institutions religieuses qui représentaient un piédestal sur lequel pouvait compter le régime de Pinochet.

Mais il est surtout perçu comme un voleur, aux comptes cachés dans les banques du monde entier. Parce que Larrain le met face à ses responsabilités, et en cela il trouve en lui un « compagnon » et complice idéal, issu de la nation même contre laquelle ils se sont battus aux Malouines/Falklands, ou plutôt de la Dame de Fer, Margaret Thatcher. Il les considère comme des divinités tutélaires d’un hyperlibéralisme débridé et voyou, de plus en plus éloignés du peuple et aussi du populisme, alors que c’est la démocratie chilienne elle-même qui reconnaît qu’elle est née avec le péché originel de ne jamais avoir vraiment tué – encore une fois dans de nombreux sens différents. – ce petit bonhomme ridicule qui aime se représenter sur l’affiche avec des lunettes roses incongrues.

Hilarant et écrit avec une ironie féroce, El Condé règle ses comptes avec le tyran mais tire la sonnette d’alarme sur ses rejetons. capable de faire encore trembler la gauche chilienne d’aujourd’hui, après cinquante ans à La Moneda avec le président Gabriel Boric, né en 1986. Il vise le pouvoir et enlève le caprice de soumettre le vampire et ses acolytes à de nombreux traitements Pablo, la version sud-américaine et avec une saveur cinématographique différente du proverbial traitement Ludovico de la mémoire kubrickienne. Il y aura aussi quelques simplifications, mais quel plaisir amer, quel rythme et quelle intelligence, dans les deux heures du Conte.