Réalisé par Bartosz M. Kowalski qui avait déjà signé le diptyque slasher de Ne dors pas dans les bois ce soir, un grand film d’horreur nous vient de Pologne avec une ambiance sombre et malsaine, capable aussi d’ironie et une fin vaguement lovecraftienne. Revue par Federico Gironi.
Cela commence en 1957, par un prologue assez classique : un prêtre entre dans une église essoufflé, emportant avec lui le ballot d’un nouveau-né, un nouveau-né qu’il veut tuer car, on comprend tout de suite, c’est l’antéchrist en puissance. Evidemment, il n’y arrive pas, abattu par la police avant d’avoir pu enfoncer le couteau dans la chair du nourrisson.
De là, on fait immédiatement un bond de trente ans en avant, et on arrive à l’époque du général Jaruzelski : un jeune prêtre descend d’un bus au milieu de la campagne la plus désolée et se dirige vers un ancien monastère, où le temps semble s’être arrêté. et l’ambiance n’est pas des plus rassurantes.
Nous, spectateurs avisés, sentons immédiatement que ce jeune prêtre est l’enfant du prologue. Et on est un peu surpris, donc, de le voir en soutane, et encore plus de savoir qu’il y a dans ce monastère une sorte d’abri pour les possédés (une version « ancienne », si l’on veut, de la structure bostonienne du récent Les yeux du diable) et que des exorcismes y sont pratiqués.
Les choses se compliquent lorsque, en quelques minutes, on comprend également que le protagoniste n’est pas en réalité un prêtre, et qu’il a été envoyé dans ce monastère si inquiétant et plein de secrets pour mener des enquêtes policières.
Une enquête, donc. Dans un monastère qui semble être resté au Moyen Age.
Si on oublie un instant le prologue, et le fait que notre protagoniste sente un peu le soufre, Trou de l’enfer cela pourrait ressembler à une sorte de réimagination postmoderne et horrifique du Nom de la roseavec toutes ses intrigues entre frères, et les bizarreries, et les mystères qui se poursuivent entre les cellules et les couloirs, en passant par les manuscrits anciens.
Ce qui pourrait déjà suffire à créditer ce film de Bartosz M. Kowalski (comme slasher Ne dors pas dans les bois ce soir et sa suite, toujours tous sur Netflix) une bonne dose d’originalité en déclinant un genre, leexorcistequi semble maintenant avoir dit tout ce qu’il avait à dire.
De plus, le réalisateur polonais joue avec les éléments et les situations les plus reconnaissables du genre d’une manière qui, d’une part, parvient à les proposer à nouveau, avec une personnalité et un respect des règles qui sont tous dans la compétence et l’efficacité du utilisation du cinéma; et qui, d’autre part, montre qu’il est conscient de la nécessité de dépasser ces règles, et ces éléments et situations « classiques », en plaçant toujours des lacunes, des déviations, des ruptures de rythme. Poussant ainsi le film vers ce qu’il est une identité clairement personnelle, et difficile à définir dans son être multiforme.

L’atmosphère générale est sombre, oppressante et malsaine.
Surtout dans ces moments où le protagoniste et les autres frères sont réunis pour les repas : occupés – il convient de dire – à consommer une bouillie qui est répugnante rien qu’à la regarder, et qui semble créer des problèmes à plus d’un des convives (à cet égard, je pense qu’il est curieux et utile de souligner comment Trou de l’enferdans l’original, est intitulé Ostatnia Wieczerzaou « le dernier souper »).
C’est ça, slop ou pas slop, mais dans l’estomac Trou de l’enfer vient plusieurs fois, visant astucieusement directement là-bas, bien que ses meilleurs coups sont tous des coups intellectuels: tant dans sa façon de travailler le genre, trouvant même place, dans un moment très insolite et attendu, pour une ironie grotesque qui laisse agréablement surpris, que dans le raisonnement qu’il semble mener, sans jamais exagérer, sur l’idéologie , politiques et même théologiques, travaillant sur des questions telles que les hiérarchies, l’obéissance à un dogme, l’ambition et même, dans l’ensemble, ce qu’est vraiment le Mal et ce que – le cas échéant – le Bien.

Pour poursuivre ces questions, en Trou de l’enferne sont jamais les mots, qui sont en effet très peu nombreux, et pour cette raison tous extrêmement significatifs.
Tout ça Kowalski il veut dire qu’il le dit avec les images, avec les lumières, avec le mouvement des acteurs dans un espace qui ressemble à celui d’un cauchemar. Et avec une fin puissante et mystérieusequi semble faire un clin d’œil à Lovecraft tout en jouant avec les sens et l’intellect de ses spectateurs.