Revue Le Déluge – Les derniers jours de Marie-Antoinette

Après de bons débuts avec Le Mauvais Poète, Gianluca Jodice s'affirme comme un réalisateur qui sait quoi dire et comment le dire avec Le Déluge – Les Derniers Jours de Marie-Antoinette. La critique de Daniela Catelli.

« Après moi, le déluge », telle est la phrase attribuée à Louis XV de France, qui commentait ainsi ce qui se passerait après sa mort (et à quel point il s'en souciait). Et le déluge arriva réellement, sous la forme de la Révolution française, qui fit (temporairement) table rase de la monarchie et de la noblesse, coupant la tête de son descendant direct, Louis XVI, le dernier roi « de droit divin », et sa femme Maria, sur la guillotine Antonietta, ainsi que ceux de leurs courtisans. Le Déluge raconte ce qui s'est passé lorsque la famille royale a été arrêtée après la tentative d'évasion à Varennes et enfermée à la prison de la Tour du Temple en attendant le verdict sur leur sort, décidé par la Convention nationale.

Au départ presque étrangers, le roi faible et la reine capricieuse vont se rapprocher face au drame qui frappe leur famille. Après de bons débuts avec le portrait du vieil homme D'Annunzio dans Le mauvais poète, Giancarlo Jodice revenez à la grande histoire en écrivant avec Filippo Gravino et diriger Le Déluge – Les derniers jours de Marie-Antoinetteun film précieux au grand impact intellectuel et émotionnel, sur un autre tournant fondamental du parcours humain, c'est-à-dire la mère de toutes les révolutions bourgeoises. Et il nous raconte le temps et le temps de l'attente, où la famille royale de France (Louis XVI, Marie-Antoinette, ses deux jeunes enfants et sa sœur), était emprisonnée, d'abord traitée avec respect puis avec toujours plus de dureté, avant le fameux épilogue. Cette capacité à raconter le cours imparable de l'histoire, mais toujours d'un point de vue humain, lucide et parfois impitoyable même dans la « nécessité » du mal, fait que Le Déluge est un film engageant et parfois émouvantqui stimule le doute et la réflexion, nous faisant ressentir de la compassion même pour les masques, symbole d'oppression sur le peuple, une fois dépouillé des symboles de son autorité.

Louis XVI apparaît, dans la merveilleuse interprétation d'un Guillaume Canet presque méconnaissable, en homme pathétique, bon cœur, qui aime profondément sa famille, même s'il sait qu'elle est née pour des raisons dynastiques, il tolère les impolitesses et les trahisons de sa bien-aimée Marie-Antoinette, mariée à seulement 15 ans, qui n'entend pas céder au rang mais y sera brutalement contraint. Arrivé à la Tour du Temple comme de ladans une calèche, avec des perruques soigneusement coiffées, des vêtements de cour, des titres honorifiques, des serviteurs, l'étiquette et toutes les règles tenues pour acquises depuis des siècles et des siècles, ils se retrouvent peu à peu hommes parmi les hommes, non respectés, dépouillés de leurs atours et de leur pudeur, alors qu'ils tentent de composer avec leur conscience. Même s'ils se font illusion jusqu'au bout, ils se rapprochent de l'état final, celui de mortavec une dignité qui n'est pas celle du rôle mais celle de l'homme.

Il y a des scènes d'un grand impact émotionnel dans Le Délugequi ne raconte pas seulement « Les derniers jours de Marie-Antoinette », mais le coucher du soleil d'une époque, la révolution qui n'est pas un dîner de gala et à laquelle viennent s'ajouter les paroles d'un célèbre poème de Bertolt Brechtparce que pour ouvrir la voie à la gentillesse, et dans ce cas à l'égalité, on ne peut pas être gentil. Le Roi doit être sacrifié : peu importe s’il n’est pas coupable et s’il est inoffensif aux fins du nouvel ordre, mais ce n’est qu’en tuant le symbole que l’on pourra avancer vers l’avenir. Un cinéma de chambre enrichi par le jeu des protagonistes (soulignons également la bonne tenue de Mélanie Laurent avec un personnage porté à plusieurs reprises au cinéma, mais à notre avis jamais avec une telle vraisemblance historique), avec une écriture documentée et jamais banale et des apports techniques d'un excellent niveau.

Même les costumes de Massimo Cantini Parriniles coiffures de Aldo Signorettila photographie de Daniele Cipriles ensembles de Tonino Zéra et la musique de Fabio Caprogrossol'astuce de Alessandra Vita Et Valentina Visintinnous accompagnent dans un voyage dans le temps jusqu'aux origines du monde moderne, mais en même temps ils nous rappellent que ceux qui ont réalisé certains exploits ont toujours été des êtres humains, piégés dans des rôles et des classes sociales, détenteurs de privilèges injustes de naissance. , isolés du monde réel de la vie de palais ou contraints d'arracher chaque jour de survie à la pauvreté et à la maladie. L’époque du roi thaumaturge de droit divin se termine sous les lames du bourreau Sanson sur la place de la Concorde, mais l’histoire continue et nous devons ce que nous sommes aujourd’hui, pour le meilleur ou pour le pire, à ceux qui nous ont précédés : le redécouvrir également au cinéma, en ces temps de restauration, est une bonne et juste chose, ainsi que nécessaire.