Roméo est Juliette Critique

Dans Roméo est Juliette, Giovanni Veronesi raconte un amour impossible, une jeune femme en quête d’identité et le dernier spectacle d’un grand réalisateur. L’avis de Carola Proto.

Le théâtre raconté au cinéma a toujours eu un charme particulier : parce qu’un film sur un spectacle ou une représentation nous donne l’immédiateté de l’ici et maintenant d’une représentation, parce qu’il raconte des personnages qui deviennent des personnages et parce que la scène peut être un « lieu » où ce qui semble initialement incolore acquiert soudainement et avec force un sens.
Le théâtre est mon premier amour Giovanni Véronèse et la grande passion de Pilar Fogliati et en Roméo et Juliettedevient l’outil pour se reconnaître et se définir, ou trouver l’inspiration avant de passer à une nouvelle phase de la vie.

Le théâtre abrite depuis des années Federico Landi Porrini – réalisateur égocentrique et sarcastique qui ne tolère pas le manque de talent – et de passion de La victoirequ’il aimerait jouer Juliette dans la tragédie shakespearienne qui mettra fin à sa carrière Frédéric mais, déguisé, obtient le rôle d’un Roméo encore plus innocent et enfantin que l’original.
Qui connaît le cinéma de Giovanni Véronèse et son émission de radio Ce n’est pas un pays pour les jeunes, sait à quel point le réalisateur se soucie des nouvelles générations et de leurs incertitudes et angoisses, qui se manifestent à travers la recherche continue d’une identité. Maintenant, l’acteur (dans ce cas La victoire) a l’avantage de pouvoir le chiper aux deux, dix ou cent rôles qu’il a la chance d’assumer, voyageant d’ailleurs d’un siècle à l’autre, et de fait La victoire ne cesse de répéter : « Je suis actrice, je dois jouer », et ne trouve de sens que lorsqu’elle regarde les choses sous un autre angle, qui n’est pas seulement celui d’une Roméo en travesti mais aussi l’une des meilleures paroles de William Shakespeareune pièce qui, par hasard, a pour protagonistes deux adolescents qui finissent par être victimes de la soif de pouvoir et de la haine des adultes.

Roméo Montague Et Juliette Capulet ils n’ont pas été écoutés. Ce qui veut dire leur cœur, qui Landi Porrini appelle « un orgue en forme de poire renversée », cela n’a pas été entendu, mais heureusement, dans le nouveau film du réalisateur de Manuel d’amour 1,2 et 3, il y a beaucoup de cœur. Il bat irrégulièrement, car la partie dédiée à La victoire et pour son petit ami, c’est moins palpitant (et moins complexe) que le voyage intérieur de Federico Landi Porrinice qui coïncide avec la récupération de l’émerveillement enfantin qu’un inventeur d’histoires ne devrait jamais perdre. Frédéricqui est également engagé dans une « mission » sérieuse, donne un Roméo et Juliette une connotation comique, et est merveilleux par son intolérance envers les acteurs « chiens », qui devraient ouvrir un bureau de tabac ou « jeter leurs auditions à la poubelle ». Juste un grand acteur comme Sergio Castellitto pourrait rendre justice à son ironie mordante et à son légitime délire de toute-puissance. Landi Porrini est le directeur du coffre-fort, un tyran comme il y en a beaucoup et un démiurge comme il y en a peu. Ses auditions sont une humiliation à laquelle doivent nécessairement faire face ceux qui ont commis le péché de l’orgueil, et donc d’une confiance excessive en leurs propres capacités, un fossé à franchir pour se mettre du côté de la vérité. Aussi FrédéricCependant, il est mis à l’épreuve. Et puis le film Véronèse cela devient un voyage dans le mystère de la création et de l’inspiration, qui peut nous abandonner à tout moment, à moins que l’âme ne continue à vibrer, se laissant surprendre et emporter par les émotions.

Le fier Landi Porrini elle se révèle aussi dans des petits détails qui n’échapperont pas à un regard attentif : les pantoufles en éponge d’un hôtel aux pieds, un ventilateur pour ne pas subir la chaleur, un costume blanc qui fait Luigi Pirandello ou Gabriele D’Annunzio et, pour ceux qui l’ont reconnu, le merveilleux théâtre de Villa Torlonia, qui fut la résidence de Benito Mussolini. Aussi Frédéric est-il un Duce ? Uniquement dans le sens de « leader », car malgré tout le personnage se laisse envelopper par l’amour pur de son compagnon. Lori, destiné à mourir intérieurement chaque fois qu’il se rend compte qu’il donne sans recevoir. Ses attentions nous rendent infiniment tendres, et la tendresse est le sentiment que l’on retrouve dans de nombreuses scènes de Roméo et Juliette. Veronesi dit que la « faute » réside dans la disparition de son cher ami Francesco Nutià qui le film est dédié, mais ce lâcher prise sur la mélancolie, même si dans un genre qui fait rire, donne Roméo et Juliette une grande humanité, complice d’un Maurizio Lombardi dans un état de grâce et de douceur Pilar Fogliati. Le partenariat entre elle et Giovanni Véronèse. Nous sommes curieux de savoir ce qu’ils nous apporteront d’autre à l’avenir.