Stephen King n'est pas seulement l'écrivain de genre le plus adapté par le cinéma et les feuilletons contemporains (il suffit de penser aux exemples récents de trois films nés à différents moments de sa carrière et en cours de sortie comme La Vie de Chuck, La Longue Marche et L'Homme qui court), mais c'est aussi un homme qui aime écrire sur la littérature et exprimer des jugements sur ses amours littéraires et cinématographiques. On n’est peut-être pas toujours d’accord avec lui, mais le lire est toujours fascinant. Le Guardian a publié un essai le 28 septembre (si vous lisez l'anglais, vous le trouverez ici :https://www.theguardian.com/books/2025/sep/28/she-wrote-the-best-first-line-and-the-most-chilling-stories-stephen-king-on-the-dark-brilliance-of-daphne-du-maurier) dans lequel King parle longuement de son admiration sans limites pour l'écrivain anglais de Les Oiseaux et Rebecca, Daphné du Maurier, et dans ces pages auxquelles nous vous renvoyons, elle a aussi abordé le sujet très actuel des spoilers, qu'elle déteste, mais pas dans le sens où on l'entend.
Stephen King considère les spoilers comme un truc réservé aux gens gâtés… à une exception près
À un certain moment de sa belle thèse sur la qualité de l'écriture de Daphné du Maurier et la structure de ses écrits, Stephen King écrit :
Je suis impatient du concept de « spoilers », terme devenu à la mode avec d'autres effets secondaires désagréables d'internet en général et des réseaux sociaux en particulier. Je trouve que « tu l'as gâché ! » est le cri typique des gens gâtés. Je dirais qu’on peut rarement gâcher une bonne histoire, car la joie réside dans le voyage plutôt que dans l’arrivée. Les histoires de Du Maurier constituent une exception notable à cette règle. Parler longuement de l’un d’entre eux en détruirait l’effet. Qu’il suffise de dire que vous êtes entre les mains d’un conteur magistral. Et en plus, diabolique.
On pourrait aussi discuter avec King du fait que s'il est vrai que le concept de spoilers s'est répandu de façon exponentielle sur Internet, il a toujours existé, surtout quand on parle de livres ou de films de genre, et nous sommes sûrs que lui-même ne serait pas content si quelqu'un révélait les moments marquants ou les fins de ses romans. Pour lui, la seule exception à cette susceptibilité exagérée sont les œuvres de Daphné du Maurier, mais arriver à une lecture ou à regarder un film sans rien savoir accentue dans certains cas le plaisir. Malheureusement, l'écrivain n'explique pas en détail pourquoi cela le dérange qu'on ne veuille pas de spoilers, étant donné qu'il revient immédiatement après cette observation sur les œuvres de du Maurier, qui, en tout cas, sont toujours bonnes à lire.
(photo Wikimedia Commons, Tussaud, Hambourg 2013)