Encore un film d'horreur très remarqué réalisé par l'Américain, qui représente en quelque sorte l'autre face de Together. La critique de Keeper de Federico Gironi.
Devil of an Oz Perkins : six films en dix ans, tous d'horreur, tous de grande qualité et pourtant, globalement, tous différents les uns des autres. Keeper a certainement très peu de points communs avec le précédent The Monkey, même s'il amène avec lui la très talentueuse Tatiana Maslany, ici la protagoniste absolue de la première à la dernière minute : parce que dans Keeper il n'y a rien de l'humour noir de The Monkey, ni sous la surface de l'histoire on ne parle d'amour (là paternel, ici en couple) en des termes qui peuvent en quelque sorte rassurer. Bien au contraire.
Le sentiment qui domine chez Keeper, avant même que l'agitation ou la peur ne prennent le dessus, est le malaise. Le malaise que l'on ressent chez Liz, une jeune femme qui n'a jamais eu de relations très longues et qui est une « souris de la ville », comme le lui dit et nous le dit la voix d'un ami au téléphone, qui va passer un week-end romantique dans les bois avec Malcolm, pour fêter le cap que représente une année de fréquentation. Ce n'est pas seulement que Liz n'aime pas la nature, ou que le fantôme de l'engagement se fait sentir : l'impression est que lorsque Liz gronde Malcolm – barbe grise, pull gris, manières bienveillantes, voix douce et calme – elle semble constamment s'interroger sur ce qu'il y a réellement derrière là. Un peu comme si vous vous demandiez ce qu'il y a dans les coins apparemment rationnels de cette luxueuse maison entourée de verdure, ce qui se cache derrière une porte, une fenêtre, une ombre.
Perkins semble le dire dès le début : on ne sait jamais vraiment à qui on a affaire, et parfois il est peut-être trop tard pour le savoir. Gaieté.
Puis à tout cela il faut ajouter l'entrée d'éléments vaguement gothiques et féeriques (après tout, Perkins est aussi celui de Gretel & Hansel, non ?), qui seraient alors un mystérieux gardien, un gâteau au chocolat, un cousin vulgaire et gluant qui surgit de nulle part avec un modèle d'Europe de l'Est, d'étranges visions liées à l'eau et aux bois : car au final, Keeper peut être considéré à toutes fins pratiques comme une horreur populaire, mais avec un twist.
Ce qui est intéressant, en effet, c'est que Perkins met en scène cet aspect folk, gothique et féerique de manière cartésienne, avec un rationalisme qui suit celui des géométries et de l'architecture de la cabane de Malcolm. Et ce n'est pas un hasard, étant donné que Keeper est un film qui non seulement représente mais habite les espaces physiques de cette maison et de tous les environnements représentés (même la voiture dans les toutes premières minutes) avec une conscience cinématographique et un sens narratif très forts, devenant ainsi élégant et raffiné dans l'image sans jamais donner l'impression de devenir vide ou formaliste. Pas même lorsque ce qui surgit, pullule et menace autour de Liz prend une forme complète qui semble être issue d'un voyage psychédélique alimenté par les peintures de Pieter Bruegel et de Hieronymus Bosch.
Cela pourrait suffire. Mais en plus de tout cela, entremêlé à tout cela, Keeper met en avant des problématiques éternelles mais on ne peut plus contemporaines : ce qui se cache derrière ceux qu'on aime, comme évoqué, mais aussi la question de la perception (en l'occurrence féminine), et enfin et surtout une violence masculine qui n'est pas tant physique, mais culturelle, émotionnelle et psychologique. Il y a une raison pour laquelle Keeper s'ouvre avec une série de figures féminines que l'on comprend et comprendra de plus en plus liées à l'histoire et aux lieux : et au fond, sans trop spoiler, ces figures sont les fantômes laissés derrière eux par un séducteur en série, ou par ceux qui poursuivent le mythe de la jeunesse éternelle en remplaçant leurs compagnes après un certain temps ; quand quelque chose en lui, ou ailleurs, a faim.
Keeper devient alors le parfait contrepoint de Together, ou plutôt un contrepoint, qui s'entremêle avec lui pour former une polyphonie fascinante, une sorte de mur de son (&images) qui décrit parfaitement le sujet et le présent. Et en parlant de musique : la bande originale d'Edo Van Breemen est remarquable, entrelacée avec des chansons telles que « Love is Strange » de Mickey & Sylvia, « I Don't Wanna Play In Your Yard » de Peggy Lee et « Fooled Around and Fell in Love » d'Elvin Bishop.