The Holdovers – Revue des leçons de vie

Après le décevant Downsizing, Payne revient avec un film irrésistible à sa manière, qui se tourne vers le Nouvel Hollywood sans oublier de garder un pied bien ancré dans le présent. Trois interprètes en état de grâce, un scénario impeccable, une mise en scène qui se met intelligemment à leur service. Revue de The Holdovers par Federico Gironi.

Le logo de Universel qui, au début du film, apparaît dans sa version années 70 n’est pas qu’une bizarrerie. Pas même peut-être juste une déclaration d’intention. ET un signe d’appartenance. Appartenant à un monde, à une pensée, à une idée du cinéma qui nous semble trop souvent éteintemais qui heureusement résiste encore grâce à un petit groupe d’irréductibles, à l’image du village d’Astérix.
Sauf que, ici, les Romains sont le Hollywood contemporain, tandis que les Gaulois sont le Alexandre Payne en service, quelqu’un qui non seulement situe son film dans les années 70, mais qui le traite, en tous points, exactement comme un film de cette période.
Qu’est-ce que cela signifie? Cela veut-il dire qu’il ne sait pas qu’il vit en 2023 ? Loin de là.
Cela signifie que les époques et les manières, les styles et les sentiments sont ceux du passé, recherchés et adoptés, mais aussi caractérisés d’une manière ou d’une autre par une douce vibration souterraine entièrement contemporaine et en tout cas capable de très bien fonctionner dans le présent.
Pour mieux comprendre, il suffit de penser à la bande originale du film, exemplaire de ce point de vue : une bande originale qui associe Damien Jurado à Cat Stevensapparaissant et jouant dans une synchronie idéale et miraculeuse.

Celui que Payne raconte dans Les restesest une histoire qui vient d’un scénario qui n’est pas le sien : c’est de David Hemingson, celui qui étonnamment vient de la télévision. Ce n’est plus arrivé depuis Nebraska. Mais ça ne fait rien.
Il ne s’agit même pas d’une histoire particulièrement nouvelle, ni dont il n’est pas facile de prédire l’issue : c’est une histoire qui commence presque par rappeler Le club du petit-déjeuner De John Hugheset dont vous savez très bien qu’il finira ainsi, évoquant les ambiances deInstant éphémère De Pierre Weir Et Tom Schulman. Sans que personne ne monte sur le banc pour déclamer Walt Whitman, mais peut-être tout aussi touchant à sa manière, car c’est une manière plus sobre et plus maladroite. Plus réel, moins lyrique.

L’ensemble du film, à sa manière, est sobre et maladroit.
Sobres et maladroits sont certainement ses protagonistes, notamment les deux hommes : le professeur de sciences rigide et penché Paul Giamattihéritier de Nicholson De À propos de Schmidtrendu vulnérable par son strabisme évident, sa passion pour Jim Beam et par un dysfonctionnement glandulaire qui rend son odeur corporelle particulièrement âcre, et l’étudiant toujours suspendu entre orthodoxie et rébellion, vitalité et dépression, du surprenant Dominique Sessala découverte phénoménale de Payne.
Le cuisinier joué par est également sobre et maladroit, pleurant son fils décédé au Vietnam Da’Vine Joy Randolph.
Trois personnages très bien écrits (et joués de manière impeccable et intense), contraints par hasard ou par eux-mêmes à passer les vacances de Noël ensemble, dans l’internat exclusif pour garçons près de Boston destiné à former les futurs élèves de l’Ivy League, et donc l’avenir. classe dirigeante des États-Unis d’Amérique.
Il est évident et inévitable que la coexistence entre les trois, et surtout entre le professeur et l’étudiant, sera destinée à saper les équilibres déséquilibrés, à faire sauter les goulots d’étranglement et les conventions, à révéler des vérités cachées et à pousser vers une nouvelle idée de soi-même et sa vie.

Le secret du succès de The Holdovers réside dans les tons et les mesuresdans la capacité avec laquelle sont évités les pièges narratifs les plus évidents, en s’orientant à la dernière minute dans des directions certainement nouvelles sinon inattendues, dans la construction lente et inexorable d’un monde physique et psychologique dans lequel le spectateur finit par tomber avec les deux chaussures, et avec le désir de l’explorer et de le comprendre sur un pied d’égalité, et ensemble, avec les personnages protagonistes.
Quoi Payne met à l’écran, à travers les belles images photographiées par Eigil Bryldqui raconte l’histoire d’une Nouvelle-Angleterre qui n’est pas sans rappeler son Danemark natal, est une histoire de découverte, d’un voyage moins physique, vers Boston, mais plus long, complexe et tortueux en soi.
Ce que Payne propose, en bref, c’est l’expérience de l’introspectiond’une connaissance meilleure, plus sincère et complète de soi dans le but de connaître le monde mieux et plus sincèrement.
Quelque chose qui, en cette époque superficielle et hypocritement hypersensible, n’est pas du tout acquis.
Même avant cela, ce que Payne met à l’écran est un film bien fait et monté, sans négligence ni ambition excessive, où ce qui compte, ce ne sont pas les effets ou la technique, la théorie ou l’intellect, mais l’élément humain. Celui-la capable de s’attacher au sentiment, qu’il soit doux ou amer, et de devenir universel.
S’il a une limite, c’est précisément dans ce caractère impeccable, franc, qui laisse parfois soupçonner un caractère programmatique peut-être excessif mais aussi, finalement, facilement négligeable.