Tout calme sur le front occidental

De nombreuses nominations aux Oscars pour la production Netflix Original All Quiet on the Western Front, la nouvelle version d’Edward Berger du chef-d’œuvre de la Première Guerre mondiale écrit par Eric Maria Remarque. L’avis de Mauro Donzelli.

A quelques centaines de mètres. C’est ainsi que le front occidental s’est déplacé du premier au dernier jour de la Première Guerre mondiale. Quatre ans et des millions de morts. Une folie dépassée en nombre par la Seconde Guerre mondiale, mais qui a eu une importance historique cruciale en faisant éclater les contradictions dramatiques du siècle court. C’est sans aucun doute l’un des chefs-d’œuvre de la littérature de ces années Rien de nouveau sur le front ouest De Eric Maria Remarquedéjà porté à l’écran dans un classique de 1930 – un an après sa parution – par Lewis Minestrone (et dans une version télévisée de la fin des années 1970), qui est entre-temps devenue une pierre angulaire de la narration anti-guerre. Inutile de parler de remakes, bien sûr, mais de nouvelle adaptationd’ailleurs nettement plus libre et calme loin de l’intrigue du romanpour ce travail de Edouard Bergerpassée pour la narration sur fond historique d’autres passages de la nation allemande telle la remarquable série Allemagne 1983.

Rien de nouveau sur le front ouest raconte l’histoire d’un groupe d’amis, des adolescents qui ont grandi pleins d’idéaux nationalistes et d’amour du pays, fascinés par les leçons données par un enseignant, qui veulent passer des mots et des slogans aux actes au plus vite, s’enrôlant après les premiers mois de la guerre avec la certitude d’occuper Paris en peu de temps, comme ce fut le cas pour leurs grands-parents en 1871 avec la proclamation du (Premier) Reich lors de la guerre franco-prussienne. UN enthousiasme immédiatement refroidi par le choc violent avec la vie dans les tranchées, avec les privations de la première guerre entièrement moderne, en termes d’extermination et d’implication mondiale, mais obstinément ancienne en termes de massacre des classes sociales inférieures, envoyées à une mort certaine par officiers incompétents et têtusenfermés dans leurs appartements entre cigarettes et boissons de qualité alors que leurs troupes mouraient de faim et de froid.

Juste un regard parallèle sur les rencontres entre chefs militaires préparant la signature de l’armisticeainsi que les quelques instants fugaces consacrés à l’endoctrinement juvénile des protagonistes, représente la principale variation de cette version par rapport au matériau de départ. Des instants courts mais capables de synthétiser habilement la folie d’une impasse de violence alimentée par les calculs et la méchanceté, le faux orgueil, l’obstination et les principes capables de convaincre rien que dans les salles nobles des bâtiments de l’état-major, sans intérêt réel, parmi les soldats et ceux qui restaient chez eux, alors que le monde changeait sous la pression d’un nationalisme qui avait détruit le concept même d’universalisme et avec lui les empires du XIXe siècle. Le rôle de porteur d’un souffle de rationalité, représentant le gouvernement allemand, appartient dans le film à l’homme politique catholique joué par Daniel Bruhl.

Le contraste déchirant demeure entre une nature suspendue mais prête à reprendre l’avant-scène avec sa beauté instinctive, alors que pendant des années des générations d’Européens ont été envoyées à l’abattoir, souvent pour la première fois loin de chez eux à plus de quelques heures de marche. La mort perd sa valeur absolue pour devenir une routine banale, non plus exceptionnelle mais un tour constant du carrousel dont le hasard choisit les nouveaux extraits. Une brutalité sensorielle qui s’impose dès les premières images, dans cette œuvre noble dans ses intentions et réussie dans sa portée à la fois épique et intimiste., aussi et surtout aujourd’hui que des campagnes européennes reviennent pas trop dissemblables pour témoigner de la folie implacable de chaque conflit. Un rituel aussi pour mettre fin à la vie, sauf à accorder un moment d’éveil à l’humanité dans un corps à corps qui permet de reconnaître une personne, plus seulement un ennemi, qui vue dans le miroir apparaît avec un uniforme et un casque juste un peu ‘ différent.

Un portrait désespéré et sans espoir, gris et brun comme de la boue, avec pour seules touches de couleur représentées par le rouge du sang. « J’ai peur de l’avenir », dit l’un des protagonistes vers la fin, accompagnant ces limbes tragiques des jours de la fin de la guerre, où les années passées en vie semblent plus un fardeau qu’un soulagement, et le retour à la maison est si proche et à portée de main que c’est encore plus effrayant que de continuer à partager une tranchée avec des amis d’une réalité parallèle et infernale à partir de laquelle il est impossible de revenir à la vraie, qui entre-temps a changé à jamais.