Une autre critique de Ferragosto

Une suite attendue depuis près de trente ans arrive désormais, à l’heure où une nouvelle saison politique et sociale approche. Paolo Virzì ramène deux familles incompatibles sur l’île de Ventotene, dans un monde bien changé. La critique de Mauro Donzelli sur Un Altro Ferrgosto.

Si chaque homme est une île, Sandro Molino il est le dernier Japonais de la gauche italienne. Par coïncidence, il retourne sur une île, Ventotene, près de trente ans après l’été 2017. Vacances d’aoûtdans lequel il avait passé les vacances avec son clan, non sans se heurter à un autre, rival et voisin, aligné à droite, les Mazzalupi. Paolo Virzi fête ses 60 ans en revenant raconter l’histoire de la faille qui divise l’Italie, droite et gauche, communistes et fascistes, intellectuels et populaires. Cela se produit précisément au moment où la saison qui a commencé dans les années 90 est définitivement terminée, même si beaucoup le regrettent, à la lumière de ce qui s’est passé ces derniers temps, au niveau national et surtout géopolitique. Une nouvelle saison nous a permis de raconter la fin de la précédente. Propre le temps qui s’écoule sans relâche, dans son alternance de naissances et de morts, est au centre de cette nouvelle fresque chorale de Virzìpour l’occasion encore une fois complice en écrivant avec le compagnon Francesco Bruni et avec son frère Carlo.

Encore plus impitoyable que le précédent, Encore des vacances à la mi-août fait rire en appliquant habilement les règles du choc des univers sociauxavec l’irruption dans la famille Mazzalupi d’une grande popularité inattendue en tant qu’influenceuse pour la jeune Sabrina, prête à célébrer le mariage avec son manager très ringard Cesare, un bodybuilder (et méprisable) Vinicio Marchioni. Mais quoi émergesurtout dans la dernière partie, la plus réussie, c’est justement le bilan de cette « guerre civile ». Les regrets de ceux qui ont raté des opportunités et n’ont même plus la possibilité de reconstruire sur les décombres, comme les antifascistes confinés à Ventotene après la Libération.

Ils ont désespérément besoin d’amour, les Molino et les Mazzalupi, dépourvus d’idéologies et ancrés, tout au plus, dans un rêve qui risque de devenir un cauchemar comme celui de Sandro (Silvio Orlando) pour trouver sur cette île la force de revendiquer un quotidien basé sur l’humanité et une coexistence faite d’idéaux et d’altruisme. Comme celle de Spinelli ou de Pertini, comme celle des intellectuels de Ventotene qui ont jeté les bases d’une communauté renouvelée des peuples européens après la tragédie du totalitarisme et de la Seconde Guerre mondiale.

Un carrousel de personnages en crise mais qui tiennent bon, blessés mais pas vaincus, dans lequel nous nous souvenons d’amis qui ne sont plus parmi nous, comme Ennio Fantastichini et Pieno Natoli, piliers du premier film et de notre cinéma, qui deviennent ici deuil dans le parcours de vie des deux familles. Observer avec dégoût est un personnage mystérieux, Daniela (Emmanuelle Fanelli), ancienne compagne de Cesare forcé, qu’elle semble représenter le regard (les préjugés) de nous, spectateurs, qui nous sentons supérieurs, et à qui l’on réserve un éclat de monologue mémorable, un nouveau manifeste de Ventotene, un appel aux armes, à la réaction. Libérant, exaltant et un peu dérangeant dans sa tonalité finalement réaliste.

Dubaï contre Ventotene, les réseaux sociaux contre les professeurs, le virtuel contre le réel. Un autre Ferragosto représente le dernier rire de générations incapables de communiquer avec la contemporanéité, perchés dans un ermitage autoréférentiel, au bord de l’échec même à la maison, en dialogue avec leurs enfants, à la recherche d’un passé impossible à répéter. La bulle explose, les ennemis à combattre sont avant tout internes et internes, comme des choix non faits et des regrets en série. Virzì ne fait pas de prisonniers, à gauche comme à droite, il note avec dérision les saisons qui se succèdent, cristallisant ses personnages en un dernier été, sur une île périphérique, entre cendres éparses et un dernier adieu, à la recherche de nouvelles générations prêtes écouter, lever à nouveau l’ancre et repartir pour un nouveau voyage dans une direction inconnue.