Une autre revue de fin

Une nouvelle chance de rencontrer une dernière fois un proche disparu. Un avenir de science-fiction où l’amour est au centre dans le film Another End de Piero Messina, avec Gael Garcia Bernal, présenté en compétition à Berlin. La critique de Mauro Donzelli.

L’après, comment retravailler sa vie en faisant face à une absence, et comment remplir l’espace, celui transformé en mémoire. Piero Messine en seulement deux films, il a exploré différents décors et nuances des thèmes universels comme l’amour et la perte. Il l’a fait en travaillant sur les traces laissées sur les objets et les lieux, depuis L’attente d’une maison à habiter à nouveau Juliette Binochedans sa première œuvre, à la possibilité de forcer le passage incessant du temps, quoique pour une durée limitée, dans Une autre fin. L’occasion de dire à nouveau au revoir, ou peut-être de le dire pour la première fois, à une personne disparue. C’est le service offert dans une société qui, pour le reste, semble très similaire à celle dans laquelle nous vivons. Ils promettent d’offrir « du temps pour se préparer à se dire au revoir, en attendant le temps de dénouer les nœuds, de régler nos relations ».

Encore une fois les lieux ont une importance cruciale pour Piero Messina, qui semble n’utiliser que le postulat superficiel, avec sa connotation de science-fiction, dépouillant le genre de tout archétype ou cliché. Son imagerie est représentée par l’immuabilité des relations humaines, par l’amour sublimé dans la mémoire.revécu de manière obsessionnelle par le protagoniste, mais aussi par ceux qu’il croise chaque jour dans le métro, strictement les yeux fermés. Une société de nostalgie qui ne vit plus dans le présent mais risque de glisser dans une mémoire perpétuelledans lequel le rappel sans distinction devient l’obsession boulimique de ceux qui sont incapables de traiter et de lâcher prise.

La dispute représente ce moment à rappeler en priorité, apparemment d’une manière incongrue mais inestimable, comme la trêve et la complicité après une violente dispute, conscient d’être uni (pour l’instant, jusqu’à quand ?) par un lien insondable et impossible à mesurer, représenté par amour. Sur le point de rompre, mais avec la possibilité de revenir en arrière, peut-être en profanant par le rire le traumatisme réversible vécu jusqu’à quelques instants auparavant. En parlant de traumatisme, l’effet offert par Aeterna, l’entreprise où travaille la sœur (Bérénice Bejo) du protagoniste, Sal (Gaël García Bernal), c’est apaisant, certainement pas curatif, comme l’explique une belle scène dans laquelle les limites et l’inconstance de la lecture de la réalité et de sa projection dans la tête de nous, êtres humains, sont mises en évidence. pouquoi Dans ce chevauchement continu de plans temporels et d’objets rêvés ou préservés, il est difficile de distinguer où réside encore la réalité..

Sal a perdu Zoé, l’amour de sa vie avec qui quelque chose restait certainement en suspens, avant un accident mortel. Aeterna peut la ramener à la vie, pour une durée limitée et selon certaines règles, grâce à des corps « localisateurs », choisis grâce à un algorithme de calcul de compatibilité. Dans la « nouvelle » Zoé (Renate Reinsvé), dans un nouveau corps, apprend à retrouver les traces de leur relation, mais risque aussi de déclencher un mécanisme de retombé amoureux, aux prises avec l’illusion fragile et risquée de reporter l’adieu définitif, l’autre bout du titre. L’un des avantages de Une autre fin cela soulève de nombreuses questions, sans réponses pré-packagées, plus ou moins produites par les algorithmes. Cela crée un puzzle congruent d’émotion et de rationalité désespérément recherchés, dans lequel toute sécurité se glisse dans le partage avec ceux qui nous ont quittés, revenant générer des mots échangés. Il nous place devant une de ces réflexions éthiques qui sont souvent absentes – pour cause de tabous et de paresse – du débat collectif..

Si le temps est la seule certitude qui guide finalement toute relation humaine, lorsqu’il s’épuise, il a le goût précieux de l’exclusivité retrouvée.. « Utilisez-le bien », dit-on à Sal, et il se déplace perdu mais obstinément, rongé par la culpabilité. Another End confirme la rare maîtrise formelle de Piero Messina, la construction méticuleuse d’un univers à part entière capable de paraître similaire mais capable de s’étendre, peuplant les environnements de souvenirs et de regrets, sur les notes d’une bande-son engageante et non invasive.. Sans que les personnages restent des pions, avec une chaleur suscitée moins par ceux qui sont au premier plan de l’histoire que par des personnages secondaires (parents, voisins) capables d’apparaître et de marquer la température émotionnelle la plus sincère du récit.