Une histoire de violence, la fin expliquée : pourquoi Viggo Mortensen a-t-il menti à tout le monde ?


Pour une grande partie de A History of Violence, nous pensons connaître Tom Stall. Puis, scène après scène, David Cronenberg nous oblige à tout remettre en question. Ce qui semble être un père de famille normal s'avère être un homme avec un passé que personne n'aurait jamais imaginé. Mais le plus gros rebondissement n'est pas de découvrir que Tom est en réalité Joey Cusack.

Et quand défile le générique du thriller avec Viggo Mortensen, le doute demeure là, impossible à ignorer : Tom a-t-il vraiment réussi à laisser son passé derrière lui ou Joey n'a-t-il jamais vraiment disparu ? En d’autres termes, pouvons-nous vraiment effacer la personne que nous étions autrefois ou le passé trouve-t-il toujours un moyen de revenir ? Lorsque A History of Violence est sorti en 2005, Cronenberg était surtout connu pour son horreur corporelle inquiétante, et ce film a surpris tout le monde. Pourtant, sous la surface, le réalisateur canadien continue de parler de ses obsessions de toujours : l'identité, la transformation et cette violence qui peut rester cachée pendant des années avant de réapparaître soudainement.

Qui est vraiment Tom Stall ?

Au début du film, Tom Stall (Viggo Mortensen) semble être l'homme le plus normal du monde. Il vit paisiblement dans la paisible ville de Millbrook, dans l'Indiana, où il dirige un restaurant, est marié à Edie (Maria Bello) et a deux enfants. Son existence est bouleversée lorsque deux voleurs s'introduisent chez lui. Tom réagit avec une vitesse et une précision impressionnantes, les tuant tous les deux presque sans hésitation. Du jour au lendemain, il devient un héros national, apparaît dans les journaux et à la télévision. Mais cette notoriété attire aussi quelqu’un qui n’aurait jamais dû la retrouver.

Pourquoi Carl Fogarty continue-t-il de l'appeler Joey ?

Quelques jours plus tard, Carl Fogarty (Ed Harris), un gangster au visage balafré convaincu de connaître la véritable identité de Tom, arrive à Millbrook. Pour lui, cet homme est Joey Cusack, un ancien tueur à gages de la mafia irlandaise de Philadelphie, disparu vingt ans plus tôt après avoir trahi son organisation criminelle. Tom nie tout mais, scène après scène, il devient de plus en plus difficile de croire que Fogarty a tort. La vérité éclate enfin lorsque Tom est contraint une fois de plus de recourir à la violence pour protéger sa famille. Cet instinct, cette froideur et cette précision ne semblent appartenir à aucun homme.

Le dernier déplacement à Philadelphie met définitivement fin aux doutes. Tom est en réalité Joey Cusack : l'attend son frère Richie (William Hurt), devenu entre-temps un puissant chef de la mafia. Leur rencontre semble commencer par une possibilité de réconciliation, mais en réalité Richie n'a jamais pardonné à Joey de l'avoir abandonné et d'avoir mis en péril sa position au sein de la mafia. La situation dégénère lorsque Joey élimine les hommes de son frère puis tue Richie d'une balle dans la tête. C'est le moment où le protagoniste se ferme définitivement avec le passé, du moins en apparence.

Que signifie la fin de A History of Violence

La scène la plus importante du film arrive cependant plus tard. Tom rentre chez lui, la famille est assise à table et personne ne dit un mot. Le fils le regarde sans savoir qui est devant lui, Edie a même du mal à croiser son regard et seule la plus jeune fille brise le silence en lui tendant l'assiette. Cronenberg ne nous dit pas si la famille a pardonné à l'homme ou non, ni si elle pourra un jour retourner à sa vie antérieure. Cela ne laisse qu’une seule question en suspens : est-il possible de vraiment recommencer lorsque les gens que l’on aime découvrent qui nous étions ?

La violence est entrée pour toujours dans la maison des Stall et a détruit l'image que tout le monde s'était construite de Tom. Mais a-t-il vraiment changé ? C’est la question qui rend la fin si dérangeante. Tout au long du film, Tom tente désespérément de convaincre les autres (et peut-être même lui-même) qu'il n'est plus Joey Cusack. Pourtant, chaque fois que quelqu'un menace sa famille, Joey réapparaît avec un naturel impressionnant. Cronenberg suggère que les deux identités coexistent chez la même personne : Tom aime sincèrement sa femme et ses enfants, mais Joey continue d'exister en lui, prêt à refaire surface.

Le sens profond d’Une histoire de violence est que le passé peut être caché, voire oublié pendant des années, mais il ne peut pas être entièrement effacé. Et le dernier plan, avec la famille réunie autour d'une table en silence, n'apporte pas de réponse définitive. Cela nous laisse seuls, avec une question destinée à rester sans solution.