Une relation passagère

Un ballet de sentiments, la chronique des vibrations infinies du cœur humain, l’histoire de deux personnes qui s’engagent à ne pas s’engager : c’est ça Une relation passagère. L’avis de Carola Proto.

« De toi ce qui reste d’amours anciennes, de jours de fête, de tendre ardeur, qu’une triste photo jaunie entre mes doigts ».
Ces vers chantés par Franco Battiato dans « fleurs » et qui sont une traduction libre du refrain de « Que reste-t-il de nos amours ? De Charles Trénetils s’adaptent à merveille Une relation passagèredont le titre original, Chronique d’une liaison passagère, est beaucoup plus approprié que l’italien. Car c’est dans le mot « chronique » que réside le sens du film Emmanuel Mouret, chronique mais aussi journal, qui en français se dit journaux intimes. Qu’est-ce donc, à bien y penser, la chronique de la fréquentation entre Charlotte Et Simon c’est plus qu’autre chose un « best of » dont la première rencontre lors d’une soirée est exclue et qui démarre donc joyeusement dans les médiassans recourir à une voix off redondante et sans considérer d’autre réalité que le temps passé ensemble par les deux, composé de moments qui se déroulent entre la fin d’un hiver et la conclusion de l’été suivant dans des espaces principalement grands, comme si pour indiquer que nous, les hommes, sommes une toute petite partie de l’univers et que nos joies et nos peines ne sont qu’un flottement dans l’éternel devenir du cosmos.

Précisément pour cette raison, et parce que le cœur d’une femme pragmatique et d’un homme peu sûr de lui vibre imperceptiblement plus qu’il ne bat, Une relation passagère c’est un film qui demande au spectateur d’écouter, de remarquer le moindre changement de ton ou la moindre hésitation pour saisir le moment précis où le sentiment surgit et ce train unique qui va dans le sens de l’amour passe et qui ne fait aucun autres arrêts. Car, même si les deux protagonistes « s’engagent à ne pas s’engager », même s’ils vivent chaque rencontre comme si c’était la dernière et courent à une vitesse folle tout comme Jules, Jim Et Catherine dans peut-être la scène la plus connue de Jules et Jim, s’appropriant l’inconscience d’un éternel présent, ils semblent en réalité souvent franchir la frontière entre l’aventure et le sentiment. Emmanuel Mouret il filme leurs regards et leurs mains qui se touchent, et, tel un bon réalisateur français, entremêle la danse de leur cœur à la danse de leurs mots, beaucoup de mots, dont la promesse souvent renouvelée de ne jamais céder à la passion, à la tension et à l’émotion, parce que s’il n’y a pas de tension et d’émotion – cela nous rappelle Lucio Battisti dans « Pas de douleur » – alors la souffrance ne vient pas.

Ma siamo proprio sicuri che nelle passeggiate nei parchi e nei corridoi di un museo, nei baci sulle labbra dopo l’amore o per le strade di Parigi, non ci siano già la nostalgia di ciò che è stato e il rimpianto di ciò che non è l’état? Simon Et Charlotte, qui pendant une heure semblent évoluer légèrement dans un scénario marivaudien ou mozartien, ne sont-ils pas peut-être au bord du gouffre ? Bien sûr, ce n’est pas l’abîme de la Seconde Guerre mondiale dans lequel les personnages auraient plongé La règle du jeu, également déterminé à voler de fleur en fleur. Pourtant, dans les petits retours élastiques des protagonistes, dans le partage des intérêts, des rires, des désirs et des incertitudes, et dans cette franchise qui n’appartient qu’à la maturité, le danger de se sentir déstabilisé guette toujours, même si au premier coup d’œil il est perceptible juste, profitez de la libre pensée de Charlotte et de la maladresse de Simon.

S’il est possible de saisir les mille nuances d’un homme et d’une femme qui choisissent consciemment d’éviter un jeu de massacre, celui-là même qu’ils voient aller au cinéma Scènes d’un mariage De Ingmar Bergmannnous le devons également à la compétence et à la flexibilité de Sandrine Kiberlain Et Vincent MacaigneCe Mouret il a participé à la création des personnages. Certes, ils sont tous les deux français (et bourgeois) de la tête aux pieds, avec leurs cols roulés, leurs vestes et manteaux surdimensionnés, mais en tant qu’il est une réflexion sur la fragilité masculine et l’homme névrosé en proie à l’amour, comme dans l’anticonformisme et dans libre pensée féminine, l’écho de la Woody Allen De Moi & Annie et de Manhattan. Pourtant, ce ne sont pas des hommages et des citations déclarées, car véritablement pour nos cousins ​​d’outre-Alpes « avoir une idée du cinéma, c’est avoir une idée de la vie ». ET Une relation passagère c’est plein de vie et, oui, aussi de nostalgie : d’abord dans le caractère sacré d’un souvenir et ensuite dans la mélancolie de ceux qui se brûlent, car dans chaque couple il y a toujours un qui aime plus et un qui aime moins.

Encore une chose : si nous ne dévoilerons rien sur la fin, si ce n’est que ce qui se passe avant est malheureusement anecdotique ou « à la mode », disons que le début du film est inoubliable (et très très piarisien). Alors nos grands-mères avaient raison quand elles disaient qu’une bonne journée commence le matin.