Yuku et la revue des fleurs de l’Himalaya

Les réalisateurs et scénaristes Arnaud Demuynck et Rémi Durin, avec seulement une heure de projection disponible, créent un film d’animation pour enfants très élégant, où même les yeux et les oreilles des adultes peuvent espérer trouver refuge.

Conteur de petite fille communauté de souris dans un château, la grand-mère de petite souris Yuku est arrivée à la fin de ses jours : influencée par la situation, Yuku prend au pied de la lettre l’une de ses histoires préférées, la légende d’un fleur légère au sommet de l’Himalayaalors il va chez lui recherche, dans l’espoir qu’il puisse aider comme par magie sa grand-mère. Yuku rencontrera sur son chemin de nombreux animaux, prédateurs et autres, mais il ne les affrontera qu’avec son envie de chanter, en tenant son ukulélé.

On dit qu’un bon film pour les enfants peut aussi plaire aux adultes, et au contraire une œuvre bâclée ou peu sincère torture les pères et les mères qui accompagnent leur progéniture lors du visionnage : nous signalons donc haut et fort lorsqu’une œuvre comme Yuku et la fleur himalayennele premier long métrage du duo réalisateur et scénariste Arnaud Demuynck & Rémi Durin, entre pleinement dans la première catégorie. En en épousant complètement un style illustratif très contemporaintrès courant dans les livres pour enfants, étudie Les Films du Nord (fondée à Roubaix en France en 1995, par Demunyck lui-même) lui donne du mouvement et une vie palpitante : son bidimensionnalité picturale se perd dans l’étreinte de Couleurs chaudes, nuances très douces, lumières douces. Une technique d’animation qui maîtrise le numérique au service du savoir-faire manuel a une précieuse saveur artisanale, la dominant sans jamais être utilisée. Cela semble aussi être un point d’arrivée et maturité technologique pour l’équipe, car ce design de personnage est une nette évolution d’un précédent spécial télévisé des mêmes auteurs, Le parfum des carottes (2014) : là, entre autres, ils avaient déjà rencontré la voix de Agnès Jaouiici interprète de Renard dans la version originale. L’aspect visuel très moderne du film ne craint même pas de prendre le chemin du musicalgénéralement hors d’usage dans les dessins animés mais fonctionnel ici énergie primaire infantile que tu veux incarner. Les chansons d’Alexandre Brouillard, David Rémy et Yan Volsy sont interprétés dans la version française par la fille du réalisateur, Lily Demuynck Deydier, tandis que dans la version italienne ils sont interprétés par les Coratese. Fedéa (Fédérica Rosa).

En fait, ce n’est pas seulement l’image qui enchante Yuku et la fleur himalayenne: en seulement une heure, vous pouvez constater par vous-même les efforts déployés pour atteindre ce niveau de simplicité narrative sophistiquée. La structure est élémentaire : le voyage de Yuku comporte plusieurs rencontres, où la petite souris conquiert tout le monde grâce à sa capacité à improviser des chansons entraînantes inspiré par les vicissitudes ou la personnalité de son interlocuteur. La morale est tout aussi essentielle : comme il le chantait l’année dernière Gianni Morandi sur les textes de Jovanotti« quand le soleil n’est pas là, je le cherche en moi« , et le pouvoir magique de la fleur est en réalité déjà incarné par La positivité sans fin de Yuku, capable de bouleverser toute vision cynique ou craintive de l’existence. Il suffit qu’elle le comprenne, et que le public le comprenne avec elle (ou l’apprécie avec elle, dans le cas des plus grands qui mordent vite la balle). Il n’y a pas de dureté, le cas échéant sage, enseignement, intelligence: il est conseillé aux garçons et aux filles de rester calmes face aux épreuves les plus difficiles de la vie, comme un Loup qui chante avec Yuku, mais ne renonce pas à la manger ! Rien cependant qui puisse le mettre en périlIl est impératif de sourire d’abord, pour vivre chaque jour dignement. « Sérénité » est le concept clé de la poétique du film, à tel point qu’il présente l’un des aspects les plus tendres, sympathiques et irrésistibles de représentations de la mort jamais tenté dans un dessin animé. Sans toutefois diminuer son importance. En élargissant le concept avec lequel nous avons ouvert la revue, le profond respect des spectateurs et des spectateurs en herbe se transforme en respect pour tout le monde.