l'enfance d'un enfant de douze ans se brise sur la vérité historique

À partir d'un scénario de Hark Bohm basé sur ses souvenirs d'enfance, Fatih Akin met en scène une histoire de passage à l'âge adulte tout en prouvant sa sensibilité artistique et son expression cinématographique.

« Les Russes sont à 50 kilomètres de Berlin », « Au moins ce sera la fin de cette foutue guerre d'Hitler ».
Nous sommes en 1945 et nous sommes sur l’île d’Amrum, au nord d’Hambourg, à quelques kilomètres de la frontière avec le Danemark. Un groupe de réfugiés germano-polonais est accompagné dans le village pour occuper les hôtels vides. Une vérité historique s’insinue dans ces mots : tous les Allemands n’ont pas soutenu le nazisme. Mais c'est surtout un message qui concerne implicitement Nanning, douze ans, le protagoniste du film, à travers les yeux duquel nous observons toute l'histoire.

Memories Island est un film basé sur l'enfance du regretté acteur et scénariste Hark Bohm, écrit par lui-même, qui a demandé à Fatih Akin de le mettre en scène. Le réalisateur allemand d'origine turque, incertain au départ s'il devait prendre en main une histoire qui n'était pas la sienne, a progressivement reconnu dans ces souvenirs l'écho des films qui l'avaient accompagné à sa découverte du cinéma, comme Voleurs de bicyclettes, La mort court sur une rivière et Stand By Me, qui prennent en partie vie dans les images et l'esprit du film. Ici aussi, le regard enfantin devient le filtre à travers lequel tenter de comprendre la complexité du monde adulte. La mise en scène d'Akin identifie la force, dans cette histoire de passage à l'âge adulte, dans la relation amoureuse entre une mère et son fils, un amour inconditionnel bien que brisé par les circonstances et par une ombre imminente prête à se jeter sur son enfance.

Jasper Billerbeck est le nom du jeune acteur qui incarne Nanning, un garçon de douze ans, silencieux et observateur, réfléchi et fils de famille dévoué. Une famille nazie.
Elle vit dans une maison qui se détériore lentement, où elle respire la tension entre sa tante Ena et sa mère Hille, la première aussi heureuse que la guerre touche à sa fin, tandis que la seconde est horrifiée par les traîtres du pays. heimat (mère patrie). Le père est absent, occupé dans les rangs de l'armée allemande. Son jeune âge n'empêche pas Nanning de parcourir l'île, tantôt en compagnie de son ami Hermann, tantôt seul, pour aller chercher un minimum de nourriture pour ses petits frères, sa tante et sa mère, qui attend un enfant enceinte.

Fatih Akin nous maintient sur le contraste entre la simplicité des actions et des motivations du garçon et sa conscience progressive de faire partie de quelque chose qui ne va pas. Appartenir à une famille que l’histoire condamnera. La main du réalisateur est poétique en mettant en valeur le paysage de l'île, des étendues sablonneuses aux étendues herbeuses, du clair de lune au souffle des marées et au vol des oiseaux. Car celui-ci recherche l’innocence, avant que l’âge adulte ne vienne le corrompre.
Et puis le pain, le poisson, le beurre, le miel, la viande, les œufs. Akin poursuit l'histoire en utilisant les aliments les plus recherchés et les plus naturels qui vont de pair avec l'effort de savoir comment les gagner, avec mérite et non avec crédit, comme cela se produit dans une scène dans laquelle Nanning comprend le sentiment de honte et d'humiliation des parents.

Akin est léger dans son langage narratif qui enveloppe ce que l'on sait déjà d'un suspense voilé.
Lorsque Nanning comprendra qui sont les antagonistes du monde dans lequel il vit, il se demandera si sa mère méritait vraiment une tranche de pain, de beurre et de miel, recherchée avec tant d'efforts et d'amour. Une pensée suspendue destinée à définir l'adulte qu'il deviendra.