Minions & Monsters, la revue du retour sauvage des inimitables clowns

Leur créateur (et doubleur) Pierre Coffin reprend les Minions avec Minions & Monsters, un troisième chapitre qui nous a diverti et qui dresse un portrait poétique et historique des débuts du cinéma. On ne s'attend pas à cette ambition de la part de ces adorables bouffons : il y a toujours plus à apprendre.

À la fin des années 1920, les Minions, toujours à la recherche d'un méchant à servir, arrivent à Hollywood, faisant des ravages mais entrant dans les bonnes grâces du système des studios par pur hasard. Parmi les petits êtres jaunes, il y a un véritable créatif, James, un esprit anarchique qui rêve de raconter des histoires et qui, avec la complicité de ses inséparables amis Henry et Ed, semble avoir trouvé sa Mecque. Même lorsque l'avènement du son expulse les Minions de la célébrité (ils ont leurs problèmes avec les mots, comme nous le savons), James a la relance à portée de main : un film indépendant sur les monstres, peut-être évoqué à juste titre par un Necronomicon hérité d'un maître passé. Un grand tumulte s’ensuivra.

Autant nous aimons les Minions, les trouvant comme des personnages très réussis depuis leurs débuts en 2010 dans Moi, moche et méchant, autant nous avons dû admettre par le passé que leurs spin-offs Minions (2015) et Minions 2 – Comment Gru est devenu méprisable (2022) ne nous semblaient pas mémorables, même s'ils avaient eu la chance de récolter des recettes au box-office époustouflantes. Cette année d'ailleurs, nous sortions du discret dérapage d'Illumination sur Super Mario Galaxy – The Movie, nous étions donc moyennement sur la défensive, tout en gardant espoir dans le studio de Chris Meledandri, dans sa justesse capable d'insuffler corps et âme dans ses meilleures créations (comme Sing). Heureusement, avec Minions & Monsters nous sommes allés un peu au-delà de nos attentes… et nous avons été ravis.

On a souvent écrit que les Minions incarnent une âme burlesque très ancienne, liée à l'aube des dessins animés, elle-même liée à la comédie muette. Ici, l'affaire devient explicite : le créateur des personnages, Pierre Coffin, revient à la réalisation (qui les a personnellement doublés depuis le début, dans leur irrésistible espéranto) et dans le scénario écrit avec Brian Lynch, il relie cette âme au pionnier du cinéma. Si le public des petites filles et des garçons continuera à rire avec leurs cachinni, les plus grands et même ceux qui se sentent cinéphiles apprécieront une série de citations et de clins d'oeil certes pas tendance : on passe pour un Chaplin indémodable des temps modernes, mais quand il rend hommage à Buster Keaton, Harold Lloyd, Orson Welles ou encore Lumière et Méliès, Coffin ne parvient pas à trop se cacher dans une bouffonnerie totale. L'ambition poétique affleure : le personnage du serviteur James est très tendre, incarnant un message non méprisable en faveur de la créativité, qui devient un exutoire aux comportements standardisés imposés par la communauté. Et tout au long du film, narré en flashbacks par le guide d'un musée du cinéma, il y a l'idée que les auteurs de Minions & Monsters eux-mêmes ne se sentent pas beaucoup plus sophistiqués que James, leur alter ego cinématographique : la confirmation est dans la fin et dans le générique (on ne va pas le gâcher). Peut-être n'irions-nous pas jusqu'à parler de génie, mais certainement d'humilité intelligente et d'auto-ironie, qui infectent même George Lucas dans l'un de ses camées les plus drôles.

Malheureusement, Minions & Monstres n'est pas exempt d'un défaut commun à certaines œuvres d'Illumination : dans la partie centrale il y a une certaine lassitude, lorsque la folie de l'histoire ne commence à se dérouler que par une accumulation de plaisanteries et que le film, à notre avis, ralentit dangereusement, avant de reprendre au troisième acte. Mais contrairement aux films précédents, il y a ici une boussole à suivre pour pouvoir avancer dans les moments de fatigue, et c'est justement le manifeste poétique en faveur de la force du divertissement pur. Même dans les digressions les plus brouillonnes, il y a dans cette tournée une inventivité portée par l'époque choisie, avec une galerie de caractérisations généralement réussie. Les frères patrons du studio de type Warner Bros ont raison dans leur schéma bon flic/méchant flic dans leurs relations avec leurs subordonnés, et il y a un écho de Buster Moon de Sing chez le réalisateur Max (bien doublé en italien par Maccio Capatonda, méconnaissable dans le bon sens). Le personnage de Dort, un proto-nerd apparent lors d'une conférence de passionnés de science-fiction, avec un costume robotique, suivi par les Minions les plus orthodoxes en tant que nouveau chef méchant, est vraiment bizarre, dans sa caractérisation mais surtout dans sa résolution finale. Et surtout, dans la direction artistique savoureuse, la technique d'animation du studio Illumination Paris maintient le tout dans un timing comique parfait, permettant d'attendre plus facilement de temps en temps que le film revienne sur les rails (le film, pas les Minions : ils déraillent toujours volontiers et on les aime pour ça).