Sur Prime Video il y a le chef d'oeuvre d'anime qui ressemblait déjà à Inception (mais sorti 4 ans plus tôt)


Vingt ans ont passé depuis que Satoshi Kon a porté sur grand écran un monde dans lequel rêve et réalité pouvaient se mélanger au point de devenir indiscernables. Aujourd'hui Paprika est disponible en Italie sur Prime Video à la location ou à l'achat et le vingtième anniversaire offre l'occasion idéale de redécouvrir l'un des films d'animation les plus visionnaires des années 2000. Aussi parce que, des années plus tard, la comparaison avec Inception de Christopher Nolan reste impossible à ignorer.

Paprika était déjà un film sur l'avenir il y a vingt ans

Sorti au Japon en novembre 2006, Paprika est le quatrième et dernier long métrage réalisé par Satoshi Kon, décédé en 2010 à seulement 46 ans. Le film est né du roman du même nom de Yasutaka Tsutsui, publié en 1993, mais Kon avait commencé à réfléchir à une adaptation cinématographique dès 1998, bien avant que le projet ne trouve enfin le chemin de la production. En 2003, le réalisateur rencontre Tsutsui, qui lui donne sa bénédiction pour transformer le roman en film.

L'histoire suit Atsuko Chiba, une psychologue qui utilise un appareil expérimental appelé DC Mini pour pénétrer dans les rêves des patients. Dans le monde onirique, Atsuko endosse l'identité de Paprika, une sorte de détective onirique. Lorsque certains prototypes de l'appareil sont volés, la frontière entre réalité et subconscient commence à s'effriter, entraînant les personnages dans une spirale de plus en plus surréaliste. Mais c'est précisément la façon dont Kon raconte tout cela qui rend Paprika si moderne.

Le réalisateur ne construit pas le monde onirique comme un univers ordonné, avec des règles précises que le spectateur doit apprendre. Au lieu de cela, il permet aux images, aux identités, aux souvenirs et aux environnements de se transformer continuellement sous nos yeux. Dès la séquence d'ouverture, le film expose clairement ses intentions : un espace se transforme en un autre à travers des passages très rapides, créant une continuité visuelle entre des lieux qui, en réalité, ne pourraient jamais être connectés. C'est une façon de raconter des rêves à travers des images avant même l'intrigue, exactement comme Kon a expliqué qu'il voulait le faire lors du tournage du film.

Et puis est venu Inception

Paprika est particulièrement intéressant pour ceux qui aiment le cinéma de Christopher Nolan. Quatre ans après la sortie de l'anime de Kon, Inception présenterait au grand public une autre histoire construite autour de la possibilité d'entrer dans les rêves, d'explorer le subconscient et de traverser des niveaux de réalité de plus en plus instables. Les similitudes ne s’arrêtent pas au principe. Dans les deux films, le rêve devient un lieu physique à parcourir, tandis que des couloirs, des bâtiments et des environnements entiers peuvent se déformer, s'effondrer ou changer soudainement. Même certains éléments visuels de Paprika, depuis les espaces qui se transforment jusqu'aux passages entre différents niveaux de conscience, ont inévitablement alimenté la comparaison avec le thriller mettant en vedette Leonardo DiCaprio.

Et c’est précisément ici qu’il faut faire une distinction. Dire que Christopher Nolan a simplement copié Paprika est une conclusion trop claire. Les similitudes ont été largement notées par les critiques et les universitaires, mais il n'existe aucune preuve solide que le film de Kon soit à l'origine de l'idée centrale d'Inception. La question de l’influence directe reste cependant beaucoup plus nuancée. Au fil des années, on a également parlé d'une prétendue référence de Nolan à Paprika pour le personnage d'Ariane (Ellen Page), mais il n'y a aucune déclaration directe et vérifiable du réalisateur qui confirme cette théorie.

La question n'est pas de savoir si Nolan s'est inspiré ou non de l'anime de Kon, mais que deux films réalisés à des époques et dans des contextes complètement différents en sont venus à imaginer le monde des rêves de manière étonnamment proche.

Le chef-d'œuvre de Satoshi Kon qui continue d'avoir l'air moderne

La force de Paprika réside dans la façon dont Kon utilise l’animation pour faire quelque chose que le cinéma traditionnel a du mal à faire : rendre visible le fonctionnement chaotique de l’esprit. Le réalisateur a voulu pousser l'imagination au-delà des limites imposées par ses films précédents, abandonnant partiellement le réalisme et laissant avant tout les images guider le spectateur. Paprika est ainsi né comme un film dans lequel le rêve n'est pas une parenthèse de réalité, mais une autre forme de réalité, tout aussi concrète, dangereuse et fascinante.

C’est aussi le dernier morceau d’une filmographie courte mais extraordinairement influente. Après Perfect Blue, Millennium Actress et Tokyo Godfathers, Kon clôture son parcours cinématographique avec une œuvre qui rassemble nombre de ses obsessions : la mémoire, l'identité, le cinéma et la frontière de plus en plus fragile entre ce que l'on voit et ce que l'on imagine. Vingt ans plus tard, Paprika n’est pas simplement un anime à rattraper. Cela ressemble toujours à un film venant d’un futur que le cinéma n’a pas encore tout à fait atteint.