Claudio Bisio au Quirinale ? L’histoire de Welcome Back President est moins absurde qu’il n’y paraît


Lorsque Bentornato Presidente, la suite de (2013), est arrivé au cinéma en 2019, le public a retrouvé un personnage désormais familier : Peppino Garibaldi, interprété par Claudio Bisio. L'homme ordinaire, catapulté au sommet de la politique italienne, après une élection au Quirinale survenue presque par hasard, semble avoir enfin trouvé son équilibre. Il se retire dans les montagnes, loin de Rome et des palais du pouvoir qui ont bouleversé sa vie, et construit un quotidien simple et apparemment stable. Avec lui se trouvent Janis (Sarah Felberbaum) et sa fille Guevara, mais le calme n'est que temporaire.

Le retour à Rome et le rappel du système

Janis, de plus en plus impatient de vivre isolé, est rappelé à Rome à un moment délicat pour la formation du nouveau gouvernement. Son départ ramène Peppino dans le monde qu'il pensait avoir laissé derrière lui. Le retour à la capitale rouvre d’anciens scénarios politiques et de nouvelles pressions. Certains cercles institutionnels se souviennent bien du chaos généré des années plus tôt par sa soudaine ascension, et c’est précisément pour cette raison qu’ils recommencent à le considérer comme un pion utile dans des jeux plus grands que lui. Peppino se retrouve ainsi impliqué dans de nouvelles intrigues, moins fortuites mais tout aussi insidieuses, où sa naïveté redevient son point faible et, en même temps, sa ressource la plus imprévisible.

Le film, qui a reçu deux nominations aux Nastri d'Argento, ne repose pas seulement sur son excellent casting – qui comprend Pietro Sermonti, Paolo Calabresi et Massimo Popolizio – mais surtout sur son idée sous-jacente. Et dans la manière dont il transforme une prémisse apparemment surréaliste en quelque chose d’étonnamment familier. Aujourd’hui, l’homme hors système qui évolue entre les institutions n’apparaît plus si éloigné de la réalité : il est une caricature du pouvoir qui, parfois, apparaît comme une version un peu amplifiée de celui-ci. C’est ici qu’il trouve son équilibre entre comédie et réflexion, décrivant un monde politique observé à travers un regard totalement extérieur.

Dans son parcours, Peppino ne devient jamais vraiment un homme politique au sens classique du terme. Même lorsqu’il est aspiré par les mécanismes institutionnels, il reste toujours une figure hors de propos par rapport au système qui l’entoure. Cette distance est le cœur du film, qui épouse le point de vue de ceux qui observent la politique sans en faire partie. Et cela permet à la comédie à la fois de rester légère et de fonctionner comme un miroir déformant de la réalité, dans un équilibre continu entre irréalité et reconnaissabilité.

Bon retour Président, c'est moins improbable que dans nos souvenirs

Le contraste entre la vie isolée de Peppino et son retour dans les palais romains devient le moteur narratif du film. Dans cet écart continu entre des mondes opposés, il trouve son rythme, alternant légèreté et satire. En revoyant le film aujourd'hui, un aspect frappe particulièrement : même s'il n'est pas inspiré d'une histoire vraie, son postulat n'apparaît plus si éloigné de la réalité qu'il décrit. L’idée d’un étranger entrant dans les mécanismes du pouvoir n’est plus seulement une provocation, mais un dispositif narratif que le public reconnaît plus immédiatement. L’histoire de Peppino Garibaldi change de perspective, non pas parce qu’elle est devenue plus « crédible » au sens strict, mais parce que la frontière entre satire et réalité, au fil du temps, s’est amincie. Et c’est peut-être pour cela qu’il continue à fonctionner des années plus tard : parce que son idée initiale raconte un paradoxe qui, aujourd’hui, semble bien moindre qu’il ne l’était en 2019.